Dans le cadre de la préparation au retrait israélien de la bande de Gaza, l'état-major de Tsahal (l'armée de l'Etat hébreu) a reçu l'ordre de préparer les plans d'un nouveau «mur de séparation» destiné à entourer le territoire évacué, selon des hauts responsables militaires s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Cette «barrière antiterroriste» ressemblerait à sa jumelle de Cisjordanie, dont plus de deux cent dix kilomètres sont achevés et environ cent quinze kilomètres en cours de construction.

Lorsque l'Etat hébreu s'est partiellement retiré de la bande de Gaza dans la foulée de la création de l'Autorité palestinienne (1994), Yitzhak Rabin, alors premier ministre, a ordonné l'érection d'une clôture électrifiée censée empêcher les infiltrations de kamikazes qui perpétraient alors des attentats-suicides dans les autobus de Jérusalem et de Tel-Aviv. Jusqu'au déclenchement de l'Intifada, en octobre 2000, cet ouvrage a fait la preuve de son efficacité puisque aucune infiltration sérieuse provenant de Gaza n'a été signalée. Depuis quatre ans, cet ouvrage a d'ailleurs été renforcé de postes fortifiés chargés notamment de protéger les kiboutzim et les villages israéliens se trouvant à quelques dizaines de mètres de maisons palestiniennes susceptibles de servir de postes de tir.

Mais Sharon, son ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, ainsi que les stratèges de Tsahal estiment que ce système de défense n'est pas assez hermétique. Une nouvelle barrière, sans doute plus élevée et bétonnée en certains endroits, devrait donc venir doubler celle érigée au début des années 90. De l'avis des responsables israéliens, elle rendrait inefficaces la plupart des tirs palestiniens sur les localités frontalières et permettrait à Tsahal, qui se serait alors repliée sur ses bases, de ne pas constamment avoir à mener des opérations de représailles dans la bande de Gaza.

Pour l'heure, le projet est toujours à l'étude, mais il semble bien avancé. Cependant, la décision d'ouvrir le chantier ne sera pas prise avant l'entrée en fonction, en janvier 2005, du nouveau gouvernement d'union nationale comprenant le Likoud (le parti de Sharon), l'Avoda (la formation de Shimon Peres), ainsi que les ultra-orthodoxes. Selon les informations filtrant du cabinet du premier ministre ainsi que de la Knesset, ce cabinet cherchera également à avancer de deux ou trois mois le démantèlement des colonies juives de Gaza qui est censé s'achever en septembre 2005 pour éviter que le climat délétère qui règne parmi les colons de Gaza ne se détériore encore.

En effet, depuis quelques semaines, le lobby des colons de Cisjordanie et de la bande de Gaza a considérablement durci le ton à l'égard de la «séparation unilatérale». Par voie radiotélévisée, certains de ses leaders appellent d'ailleurs les soldats et les policiers à la sédition. Des militaires résidant dans les colonies promettent de déserter «quitte à se retrouver en prison» et demandent à leurs compagnons d'armes de refuser d'exécuter les ordres lorsque le moment d'évacuer la bande de Gaza sera arrivé. D'autres, plus extrémistes, font également circuler des listes d'officiers «traîtres», sous-entendu qui obéiront aux ordres de l'état-major et qui «trahiront» donc les idéaux de la colonisation.

Selon un sondage publié la semaine dernière par le Yediot Aharonot, le plus grand quotidien populaire israélien, 10% des colons seraient prêts à employer la violence pour empêcher le démantèlement de leurs implantations. Parmi ceux-ci, 2% se déclarent prêts à retourner leurs armes contre l'armée et contre la police. En contact quotidien avec Sharon à ce propos, le directeur de la Sûreté générale, Avi Dichter, reconnaît que «tout cela ne sent pas bon». Il redoute une éruption de violence plus importante que celle qui s'était produite au début des années 1980, lors de l'évacuation des petites colonies du désert du Sinaï. Voilà pourquoi le premier ministre veut écourter la période d'attente en facilitant l'indemnisation des colons qui abandonneraient leur maison dès la fin de l'année scolaire (juin 2005) et pourquoi ses nouveaux alliés travaillistes n'opposeront pas leur veto à son projet.