«Aucun service au monde n'est à même de vraiment connaître le contenu du programme nucléaire iranien.» Reçevant l'ex-secrétaire d'Etat américaine de Bill Clinton, Madeleine Albright, le président israélien Shimon Peres a entamé mercredi la campagne internationale lancée par l'Etat hébreu pour décrédibiliser le rapport des seize agences de renseignement américaines selon lequel l'Iran aurait interrompu son programme nucléaire militaire en 2003.

Les dirigeants israéliens ont réagi au quart de tour à la révélation du contenu de ce document en le présentant comme un «danger». Dès mardi soir, l'entourage du ministre de la Défense, Ehoud Barak, a en tout cas estimé que les analystes des différentes agences américaines «n'ont pas suffisamment tenu compte» des renseignements qui leur auraient été transmis dans le courant de ces derniers mois. Interviewé par Galeï Tsahal (la radio de l'armée), le ministre a par ailleurs estimé que «l'Iran poursuit son programme nucléaire militaire».

«Campagne internationale»

Dans la foulée, le Ministère israélien des affaires étrangères a annoncé le déclenchement d'une «campagne internationale». Cette dernière fait suite à celle déclenchée à partir de la fin du mois d'octobre contre le directeur général de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), Mohammed ElBaradei, accusé par Israël de se montrer «trop perméable» à l'égard de Téhéran.

Quant à l'entourage d'Ehoud Olmert, il a fait savoir que le premier ministre profiterait de la visite dans la région du président George Bush les 9 et 10 janvier prochains (lire ci-dessous) pour «discuter du dossier iranien». «Le président et nous sommes sur la même ligne et ceux qui voient dans ce rapport un moyen d'éloigner Israël des Etats-Unis se trompent lourdement», assènent les mêmes conseillers.

Emissions spéciales

Outre son volet public, la campagne israélienne comprendra un volet plus confidentiel. En l'occurrence l'Etat hébreu se propose de transmettre de nouvelles informations aux services américains à l'occasion de la prochaine réunion de la commission d'échanges stratégiques entre les deux pays. Israël y sera représenté par l'ex-chef de l'état-major et ex-ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, un faucon né en Iran.

En moins de deux jours, la radio publique Kol Israël a ainsi diffusé trois émissions spéciales sur le «danger iranien». Toutes les chaînes de télévision lui ont consacré la plus grande partie de leurs journaux télévisés. Dans leurs interventions, les différents commentateurs ont remis en cause le contenu «probablement incomplet» du rapport américain et affirmé que «de nombreuses preuves démontrent que Téhéran veut sa bombe». Ils ont également estimé que l'analyse des agences américaines constitue «une douce victoire pour l'Iran» et «un camouflet pour George Bush». Quant au chroniqueur Ehoud Yaari, un ancien de l'Aman (les Renseignements militaires) qui passe pour exprimer à voix haute ce que l'establishment pense tout bas, il a présenté le rapport comme «une surprise qui pourrait se retourner contre ceux à qui il est adressé».