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Le premier ministre Benyamin Netanyahou au parlement israélien le 18 juillet 2018 avant l’adoption de la loi sur «l’Etat-nation juif»
© Marc Israel Sellem/AFP Photo ©

Proche-Orient

Israël renforce son identité juive

Le parlement israélien a accepté jeudi une loi sur l’Etat-nation privilégiant clairement ses citoyens juifs. Une décision qui interroge à nouveau sur la conciliation entre judaïsme et démocratie

Qu’Israël soit un pays toujours plus religieux est chose connue. L’influence des orthodoxes et des ultra-orthodoxes se fait sentir jusque dans la coalition dont a besoin le premier ministre Benyamin Netanyahou pour gouverner. Le ressentir est une chose, l’inscrire dans la loi fondamentale en est une autre et, jeudi matin, les Israéliens les plus libéraux ont vécu un vrai coup de tonnerre. Le texte adopté au petit matin par 62 parlementaires israéliens (55 oppositions, 2 abstentions) «ne parle que de la préservation de la judéité. Il n’est dit nulle part qu’Israël est un Etat démocratique», relève Yaïr Sheleg, analyste auprès de l’Institut pour la démocratie en Israël, basé à Jérusalem.

Le document énumère les symboles de l’Etat, soit l’hymne, le drapeau, le chandelier à sept branches, mais aussi le calendrier hébraïque et les fêtes juives. On y lit qu’«Israël est l’Etat-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination». Pas un mot en revanche sur le droit à l’autodétermination d’autres communautés…

Partage de Jérusalem enterré

Seul l’hébreu y est inscrit comme langue officielle. L’arabe, qui avait auparavant ce statut, est relégué au rang de «langue spéciale». Le texte enterre encore plus profondément l’idée d’un partage de Jérusalem avec les Palestiniens, en affirmant que la ville est capitale d’Israël, «entière et unie». Il encourage la construction et le développement de colonies en Cisjordanie, en affirmant qu’il s’agit d’une «valeur nationale». Enfin, s’il affirme qu’Israël s’investira dans ses relations avec le monde juif à l’étranger, pas un mot sur la manière dont l’Etat devrait préserver l’héritage des Juifs en Israël. «C’est le résultat des pressions des ultra-orthodoxes, qui veulent couper l’herbe sous le pied des communautés juives réformées», s’alarme Shuki Friedmann, directeur du centre Religion, nation et Etat à l’Institut pour la démocratie en Israël.

Dans l’immédiat, l’adoption de cette loi fondamentale n’aura aucun impact sur la vie des citoyens, car la plupart des articles ont un caractère déclaratif. Elle fera sentir son effet dans les décisions de la Haute Cour de justice lorsqu’elle devra trancher dans des affaires où il sera question de religion et de démocratie. «La Cour interprète souvent la loi de façon très libérale. C’est peut-être même ce qu’espèrent les partis politiques qui l’ont fait passer surtout pour plaire à leur électorat», estime Yaïr Sheleg, qui se veut rassurant.

Sans les pressions de l’opposition et le déluge de critiques qu’il a suscité, notamment du président israélien, Reuven Rivlin, et du procureur général Avishai Mandelblit, le texte aurait été bien plus radical. Il aurait comporté des clauses telles que le recours à la loi juive en l’absence de jurisprudence dans un domaine, la création de communautés interdites aux non-Juifs ou l’obligation pour les juges de la Haute Cour de justice de favoriser le judaïsme en cas de collusion avec la démocratie. Pourtant, même édulcorée, la version finale a été reçue par l’opposition comme une véritable déclaration d’apartheid. «L’égalité entre citoyens n’est mentionnée nulle part. Ni ici, ni d’ailleurs dans aucune de nos 15 lois fondamentales, même pas dans celle de 1992 sur la dignité», relève Yaïr Sheleg.

Colère des Arabes israéliens

Les Arabes israéliens, qui représentent quelque 17,5% de la population du pays, sont les premiers visés. Jeudi matin, ils ont répondu avec colère à l’acceptation de la loi dont ils ont déchiré des copies en plein parlement avant d’être expulsés. «Israël nous a fait savoir qu’il ne voulait pas de nous ici. Il s’agit d’une loi ancrant la suprématie juive, qui nous fait comprendre que nous serons toujours des citoyens de deuxième classe», a estimé le président de la Liste unifiée (partis arabes israéliens), Ayman Odeh, dans un communiqué.

On dit parfois qu’Israël est un Etat démocratique pour les juifs, mais qu’il est un Etat juif pour les non-Juifs. Une phrase avec laquelle Shuki Friedmann n’est pas d’accord. «Nous respectons la liberté d’expression et organisons régulièrement des élections. L’opposition existe: la preuve, c’est que cette loi a été modifiée à plusieurs reprises avant de passer. Et puis, elle respecte le désir des Israéliens qui votent majoritairement à droite», affirme-t-il. Au grand bonheur de Benyamin Netanyahou, qui assurait jeudi matin que les «fondements de notre existence sont désormais garantis».

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