Comme si les tensions provoquées par l’installation de portails magnétiques devant les entrées de l’Esplanade des mosquées de Jérusalem ne suffisaient pas, Benyamin Netanyahou, qui est également ministre des Affaires étrangères de son pays, doit désormais affronter une crise avec la Jordanie. Celle-ci a éclaté dimanche soir lorsque Mohamad Jawawdeh, un menuisier jordanien âgé de 17 ans dont le père venait de vendre des meubles à l’ambassade d’Israël à Amman, a attaqué avec un tournevis un garde de sécurité de la mission. Par solidarité avec les manifestations palestiniennes contre les portails magnétiques qui se déroulent quotidiennement à Jérusalem? Son père prétend que non, mais nul ne sait.

Quoi qu’il en soit, le garde a riposté avec son arme. L’agresseur a été tué sur le coup et un médecin jordanien qui se trouvait là par hasard a pris une balle perdue. Il est mort un peu plus tard.

Les forces de sécurité jordaniennes ont aussitôt bouclé le compound dans lequel se trouve le poste diplomatique israélien ainsi que les logements de son personnel. Depuis lors, elles les empêchent d’en sortir tant que le garde de sécurité, auquel le ministre jordanien de l’Intérieur interdit de quitter le territoire du royaume hachémite, n’aura pas été interrogé par les enquêteurs de son pays.

Légitime défense

Or, le ministère israélien des Affaires étrangères affirme que le garde a agi dans le cadre de la légitime défense, qu’il est protégé par la Convention de Vienne codifiant l’immunité diplomatique, et qu’il n’a donc pas à rendre de compte aux autorités jordaniennes.

En général, ce genre d’affaire se règle discrètement lorsque les parties y ont intérêt. Ce qui est le cas puisque la Jordanie et Israël collaborent au niveau sécuritaire ainsi que sur de nombreux projets économiques et d’infrastructure en matière d'eau et de gaz. Cependant, la tuerie de l’ambassade israélienne est survenue alors que la rue arabe est surchauffée par la crise de l’Esplanade des mosquées. Vendredi dernier, de 8000 à 10 000 personnes ont d’ailleurs défilé contre les portails magnétiques dans plusieurs villes jordaniennes.

Immunité diplomatique

Dans ce contexte, la rue ne comprendrait donc pas qu’un «assassin sioniste» puisse quitter impunément ce pays. A contrario, Benyamin Netanyahou ne peut accepter qu’un membre d’une légation israélienne protégé par l’immunité diplomatique soit interrogé par des agents jordaniens même si ceux-ci lui garantissent que rien ne sera tenté contre lui.

«Les informations provenant de Jordanie ont été transmises au chef du gouvernement israélien au début de la réunion du cabinet restreint de la défense et de la sécurité convoqué dimanche soir pour discuter de l’enlèvement ou non des portails magnétiques de l’Esplanade des mosquées», explique le chroniqueur politique Yoav Krakovsky. «En fin de compte, l’«affaire de l’ambassade» a pris le pas sur le reste. Les échanges ont duré jusqu’à 4h du matin sans qu’aucune décision ne soit prise à propos de l’esplanade.» Voilà pourquoi une nouvelle réunion a été convoquée dans l’après-midi de lundi, alors que le Conseil de sécurité débattait à New York de la situation à Jérusalem et que l’émissaire américain pour le Proche-Orient, Jason Greenblatt, se préparait à atterrir à Tel-Aviv.

Apaiser les tensions

Pour sa deuxième visite dans la région en moins d’un mois, l’ex-avocat de Donald Trump semble voir grand. Parce qu’il tentera de renouveler les contacts interrompus vendredi dernier entre l’Etat hébreu et l’Autorité palestinienne mais également parce qu’il essaiera d’apaiser les tensions provoquées par l’installation des portails magnétiques sur l’Esplanade des mosquées ainsi que par la fusillade d’Amman.

La relation avec la Jordanie est importante pour Israël. Sans attendre Jason Greenblatt, Benyamin Netanyahou a donc envoyé un émissaire à Amman dès lundi matin. Sa mission? Eviter une cassure avec le royaume hachémite mais également explorer les modalités d’une sortie de crise grâce à laquelle aucune des deux parties ne perdrait la face.

Dans le même temps, le Shabak, la Sûreté générale de l’Etat hébreu à laquelle appartient le garde de l’ambassade d’Amman, a renforcé la surveillance de certains des postes diplomatiques de son pays parce qu’il s’attend à d’autres incidents semblables à celui survenu en Jordanie. En Turquie par exemple, l’ambassade d’Israël a fermé ses portes au public «jusqu’à plus ample information». C’est-à-dire jusqu’à ce que la crise de l’Esplanade des mosquées soit résolue.