Un mois après la conclusion de la (trêve), l'ambiance a complètement changé en Israël. Les plages sont surpeuplées, les terrasses bondées, et les kanyionim (centres commerciaux climatisés) attirent plus de monde que jamais. Beaucoup d'entre eux licencient d'ailleurs les vigiles armés engagés à grands frais au début de l'Intifada. Quant au shekel (la monnaie locale), il a suffi de quelques semaines de calme pour qu'il se renforce de 30% par rapport au dollar et à l'euro. Désertées durant deux ans, les principales artères commerçantes de Tel-Aviv, de Jérusalem et de Haïfa grouillent à nouveau de consommateurs. Les touristes reviennent et la plupart des compagnies d'aviation européennes (sauf Swiss) enregistrent une augmentation de leur trafic de passagers vers Tel-Aviv.

Pourtant, rien n'est encore réglé sur le fond entre l'Etat hébreu et l'Autorité palestinienne (AP). Si les Israéliens profitent largement du retour au calme, les Palestiniens continuent, eux, à connaître les affres du bouclage et des contrôles incessants. C'est ce déséquilibre que le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a expliqué vendredi à George Bush en lui demandant d'exercer des pressions sur Ariel Sharon afin qu'il fasse preuve de plus de souplesse à l'égard de l'Autorité. Désireux d'éviter un incident avec le «grand frère» américain à l'occasion du voyage qu'il effectuera à son tour à Washington dès mardi prochain, le premier ministre israélien a pris les devant en annonçant vendredi une série de mesures censées «faire progresser les négociations».

Outre la bande de Gaza et Bethléem, qui avaient été évacuées peu après l'entrée en vigueur de la «feuille de route», l'Etat hébreu annonce donc son retrait de deux villes supplémentaires de Cisjordanie. Lesquelles? Peut-être Ramallah et Hébron mais rien n'est encore décidé. Tout dépendra d'une rencontre organisée au début de la semaine entre le ministre israélien de la Défense, Chaoul Mofhaz, et son homologue palestinien de la Sécurité intérieure, Mohamad Dahlan. Celle-ci fixera la procédure du retrait de Tsahal ainsi que la prise de contrôle de ces villes par les services de sécurité palestiniens qui seront notamment chargés d'empêcher les attaques contre les colonies juives voisines.

Deuxième promesse: après avoir libéré 250 prisonniers palestiniens dans la foulée du sommet d'Aqaba (4 juin dernier), Israël en libérera plusieurs centaines d'autres au début du mois d'août. Pour l'heure, le Shabak (la Sûreté générale israélienne) a transmis plus de 600 noms de «libérables» sur les 6700 détenus. Le comité gouvernemental chargé d'autoriser la relaxe éventuelle de la majorité d'entre eux se réunira cependant le 4 août prochain et d'ici là, la liste des candidats libérables aura encore augmenté.

Dans la foulée, Ariel Sharon s'engage à ordonner la levée de plusieurs barrages importants qui empêchaient jusqu'à présent les Palestiniens de circuler librement; 8500 permis de travail supplémentaires seront également accordés à des travailleurs de la bande de Gaza et de Cisjordanie désireux de venir gagner leur vie en Israël. Ils s'ajouteront aux 15 000 promis à l'occasion de l'entrée en vigueur de la «feuille de route» mais dont plusieurs milliers n'ont toujours pas été distribués.

Enfin, les touristes étrangers seront de nouveau autorisés à se rendre à Bethléem (ils peuvent déjà le faire actuellement mais les soldats de Tsahal peuvent décider unilatéralement de ne pas les autoriser à franchir leurs barrages) et 15 millions d'euros (une partie des fonds palestiniens confisqués par Israël depuis le déclenchement de l'Intifada) seront transférés à l'AP dès la semaine prochaine. Considéré comme «positif», le communiqué publié par Sharon ne traite cependant pas de la construction du «mur de séparation» qui devrait être achevé en 2006. Or, le président américain est ouvertement opposé à la poursuite de ce chantier et il le répétera mardi à son invité israélien.