Proche-Orient

Israël s’inquiète de la prolifération des «mitraillettes du pauvre»

Trois assaillants ont tué vendredi deux policiers israéliens, avant d’être abattus par la police sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem. Ils étaient armés de mitraillettes «Carlo» fabriquées clandestinement en Cisjordanie

La tension est très forte dans les quartiers arabes de Jérusalem après l’attentat de vendredi matin, au cours duquel trois assaillants ont tiré sur des policiers israéliens en faction devant la porte des Lions, l’une des entrées de la vieille ville. Deux des policiers ont été tués et un troisième gravement blessé. Poursuivis dans les ruelles de la vieille ville, les assaillants ont été abattus sur l’Esplanade des mosquées, l’un des lieux saints de l’islam, après de violents échanges de tirs.

La vieille ville de Jérusalem bouclée

Certes, cet attentat n’est pas le premier du genre puisqu’une policière israélienne a également été tuée à l’entrée de la vieille ville il y a quelques semaines à peine. Mais, cette fois, les choses sont différentes. Parce que l’un des policiers tués est le fils de Shakib Shanan, un ancien député travailliste d’origine druze fort connu à la Histadrout, le principal syndicat israélien. Mais également parce que les tueurs ne sont pas des Palestiniens de Cisjordanie occupée mais des membres de la famille Jabarin, un clan très connu d’Oum el-Fahem, une ville arabe israélienne du nord de l’Etat hébreu.

Peu après l’attentat, la police israélienne a bouclé la vieille ville de Jérusalem et le ministre de la Sécurité, Gilad Erdan (Likoud), qui a pris les opérations en main, a décidé de suspendre la grande prière du vendredi sur l’Esplanade des mosquées. Dans les ruelles désertées par les touristes, tous les magasins ont été contraints par la police de fermer leurs portes et les habitants, de rester chez eux. Beaucoup redoutent en tout cas de voir la situation s’enflammer, ce qui serait catastrophique en pleine saison touristique.

«Des émeutes vont éclater»

«Les Israéliens imaginent retrouver le calme en fermant l’Esplanade des mosquées, mais c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire», pouvait-on entendre sur l’avenue Sultan-Suleiman. «Les jeunes vont être tellement frustrés que des émeutes vont éclater.»

A quelques heures d’un déplacement à l’étranger, Benyamin Netanyahou a en tout cas réuni ses conseillers pour évaluer la situation. Il a ordonné que les tentes funéraires érigées à Oum el-Fahem par la famille des terroristes soient détruites et demandé au ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, d’accentuer la traque des ateliers d’armement clandestins fonctionnant en Cisjordanie. Car deux des assaillants de vendredi matin étaient armés de mitraillettes «Carlo», des armes fabriquées dans les environs d’Hébron, de Naplouse et de Jénine, en Cisjordanie, et vendues sous le manteau aux environs de mille francs suisses la pièce.

Ateliers clandestins

Considérée comme la «mitraillette du pauvre», cette arme est une mauvaise copie de la «Sten», la mythique sulfateuse utilisée par les commandos britanniques et par les résistants durant la Seconde Guerre mondiale. A la fin de ce conflit, la Suède a produit un modèle amélioré baptisé «Carl Gustav», qui a été exporté en Amérique du Sud avant d’être fabriqué en Egypte sous le nom de «Port Said». C’est ce modèle-là que l’on retrouve aujourd’hui dans les territoires palestiniens ainsi que chez certains Arabes israéliens.

Cependant, contrairement à la «Port Said», la «Carlo» est fabriquée dans des conditions difficiles et avec du matériel de mauvaise qualité. Elle s’enraie souvent et sa précision est aléatoire, sauf à l’occasion de tirs à courte distance, comme ce fut le cas ce vendredi.

Les premiers ateliers clandestins ont commencé à fonctionner durant la deuxième Intifada. Depuis lors, faute de pouvoir s’offrir de véritables armes de guerre telles que des kalachnikovs, c’est sur la «Carlo» que les candidats terroristes se rabattent lorsqu’ils veulent passer à l’action.

Précédentes attaques

Le 1er janvier 2016, c’est d’ailleurs avec cette arme que Nachaat Moualem, un Arabe israélien tombé dans le djihadisme, a mitraillé les consommateurs d’un café bondé de Tel-Aviv. Six mois plus tard, le 8 mars 2016, plusieurs Palestiniens armés de «Carlo» ont également affronté les forces de sécurité israéliennes dans les rues de Jérusalem-Est. Et en juin 2016, c’est également à l’aide de cette mitraillette que Khaled Mohamad Makhameh et son cousin Mohamad Ahmad ont tué quatre personnes et en ont blessé cinq autres attablées à la terrasse d’un café du centre de Tel-Aviv.

A la suite de ces tueries, Benyamin Netanyahou avait déjà demandé à Moshé Yaalon, alors ministre de la Défense, d’intensifier le démantèlement des ateliers clandestins de Cisjordanie. Le Shabak (la Sûreté générale) ainsi que l’armée en ont ainsi démantelé une vingtaine. Mais il en existe beaucoup d’autres, qui tournent à plein rendement puisque la demande va croissant.

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