C'est dans le Bureau ovale, entouré notamment de son chef de la diplomatie Mike Pompeo et de son gendre et conseiller Jared Kushner, que M. Trump a déclaré que les deux pays ennemis avaient fait «la paix». Il a aussi affirmé qu'«au moins cinq» autres pays arabes voulaient normaliser leurs relations avec l'Etat hébreu, et dit s'attendre à ce que l'Arabie saoudite figure parmi eux.

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Le président américain était au téléphone, sur haut-parleur, avec les Premiers ministres israélien Benjamin Netanyahu et soudanais Abdallah Hamdok. Ce dernier l'a remercié d'avoir décidé de retirer son pays de la liste des Etats soutenant le terrorisme, affirmant que cette décision aurait un impact économique majeur. «Nous oeuvrons à avoir des relations diplomatiques qui servent au mieux les intérêts de notre peuple», a-t-il par ailleurs tweeté.

«Le cercle de la paix»

«Nous agrandissons le cercle de la paix si rapidement grâce à votre leadership», a salué de son côté Benjamin Netanyahu. Dans une déclaration séparée, M. Netanyahu a salué un «formidable revirement» de la part du Soudan.

Le président américain s'est réjoui sur Twitter d'une «énorme victoire aujourd'hui pour les Etats-Unis et pour la paix dans le monde». «Le Soudan a accepté un accord de paix et de normalisation avec Israël! Avec les Emirats arabes unis et le Bahreïn, cela fait trois pays arabes en seulement quelques semaines. D'autres vont suivre!», a-t-il écrit. Jusqu'au mois dernier, les seuls Etats arabes à reconnaître Israël étaient l'Egypte et la Jordanie.

«Péché politique»

A Gaza, le mouvement islamiste palestinien Hamas a aussitôt dénoncé «un péché politique qui nuit au peuple palestinien et à sa juste cause, nuit aussi à l'intérêt national du Soudan (...) et ne bénéficie qu'à Netanyahu».

Washington a multiplié les pressions pour que Khartoum normalise ses relations avec Israël avant l'élection présidentielle du 3 novembre, en assurant qu'il n'y avait aucun lien entre la levée des sanctions américaines et une normalisation, mais de nombreux observateurs estimaient le contraire.

Juste avant l'annonce de l'agrément entre les deux pays, la Maison Blanche a annoncé que Donald Trump allait retirer le Soudan de la liste des Etats soutenant le terrorisme et «annuler formellement la désignation du Soudan comme Etat parrain du terrorisme».

Indemnisations

Cette annonce intervient après que le Soudan a «accepté de résoudre certaines demandes des victimes américaines du terrorisme et leurs familles. Hier, en application de cet accord, le gouvernement de transition du Soudan a transféré 335 millions de dollars sur un compte séquestre pour ces victimes et leurs familles», a précisé la Maison Blanche. Il s'agit notamment des attentats perpétrés en 1998 par la nébuleuse djihadiste Al-Qaïda contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie et qui avaient fait plus de 200 morts.

Le Soudan, jadis paria de la communauté internationale pour avoir accueilli Oussama Ben Laden dans les années 1990, a été condamné à verser de telles indemnisations par la justice américaine. L'accord ouvre la voie à «un nouvel avenir de collaboration et de soutien à la transition historique en cours» au Soudan, selon la Maison Blanche, qui a salué les autorités de transition du pays.

Rapprochement

L'exécutif a enfin appelé le Congrès américain à adopter la loi nécessaire pour mettre en oeuvre l'accord. Le Soudan est depuis 1993 sur cette liste noire américaine, synonyme d'entrave aux investissements pour ce pays pauvre.

Les Etats-Unis ont renoué avec Khartoum déjà sous l'ex-président démocrate Barack Obama, lorsque l'ex-président soudanais Omar el-Béchir a commencé à coopérer dans la lutte antiterroriste et joué le jeu de la paix au Soudan du Sud. La révolution qui a balayé Omar el-Béchir en avril 2019 n'a fait qu'accélérer le mouvement.