Jeux olympiques

«Istanbul 2020 possède trois symboles comme atouts majeurs»

La Porte de l’Orient est en lice pour organiser les Jeux d’été dans sept ans. Rencontre avec le patron de la candidature

Elles étaient cinq villes requérantes, elles ne sont plus que trois finalistes à briguer l’organisation des Jeux olympiques de l’été 2020 – Istanbul, Madrid et Tokyo –, la commission exécutive du CIO ayant écarté Doha et Bakou. La session plénière, 125e du nom, du même Comité international olympique, décidera le 7 septembre prochain à Buenos Aires lequel de ces poids lourds décrochera la timbale.

Hier, les trois mégapoles en lice ont déposé leur dossier technique et financier au siège du CIO, à Lausanne. A cette occasion, Le Temps a rencontré Hasan Arat, le patron de la plus emblématique des trois candidatures: Istanbul, qui en est à son 5e essai consécutif! Hasan Arat, vice-président du Comité national olympique turc (CNOT), est un ancien basketteur de haut niveau, reconverti avec succès dans le secteur immobilier.

Le Temps: Vous êtes à la tête d’Istanbul 2020, alors que l’on songerait plutôt à Ugur Erdener, président du CNOT et membre du CIO. Comment l’expliquez-vous?

Hasan Arat: Le Comité national, M. Erdener inclus, m’a confié cette responsabilité. Vous savez, la plupart des candidatures olympiques fonctionnent de la sorte: un chef spécialisé en marketing et en management, au côté d’un membre du CIO aux tâches plus politiques.

– Pourquoi la Turquie a-t-elle si aisément renoncé, via son gouvernement, à l’Eurofoot 2020 au profit des Jeux, alors que le président de l’UEFA, Michel Platini, le lui avait pratiquement attribué avant l’heure?

– Les JO constituent le plus grand événement sportif de la planète. A ce titre, ils peuvent servir d’exemple et d’incitation pour l’ensemble de la jeunesse turque – nous comptons 12 millions d’écoliers et lycéens, 500 000 de plus chaque année. Notre pays a besoin de diversifier son offre sportive au-delà du football, cela dans le dessein d’éduquer les jeunes par le sport en général, pas seulement par le biais du ballon rond. Les JO nous apporteront les infrastructures idoines, ainsi qu’un nouvel esprit d’ouverture envers le sport. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a été on ne peut plus limpide là-dessus.

– Istanbul présente une triple symbolique: la réunion de deux continents (l’Europe et l’Asie), de deux civilisations (l’Occident et l’Orient), de trois religions (le christianisme, l’islam, le judaïsme). Cet assemblage unique est-il important en termes olympiques?

– Nous cultivons ces symboles depuis huit siècles. A Istanbul, le soleil se lève chaque jour sur l’Europe et l’Asie en même temps. Cela n’arrivera jamais ailleurs. Nous sommes porteurs de tant de civilisations, de courants de pensée. Les Jeux forment la meilleure opportunité de montrer notre histoire au monde entier. Clairement oui, je pense que nous avons là une carte maîtresse à abattre lors de cette campagne.

– Le fait de recevoir les JO pourrait-il accélérer l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne?

– Les négociations officielles ont démarré en 2005 et courent toujours… Bien que je demeure persuadé que notre intégration au sein de l’UE serait bénéfique, nous ne sommes plus autant demandeurs. La Turquie actuelle se porte très bien, grâce aux relations politico-économiques qu’elle entretient avec ses voisins. Dans ce contexte, l’obtention des JO ne saurait être liée à une procédure plus rapide avec l’UE.

– Le rapport préliminaire des experts du CIO émet deux critiques principales à l’égard d’Istanbul: des transports trop lents pour une ville qui abritera 16 millions d’habitants en 2020, et la proportion élevée d’installations olympiques à bâtir (69%, soit 25 sur 36). Que répondez-vous?

– C’est simple… Depuis 2010 et jusqu’en 2023, la mairie d’Istanbul investit 1,2 milliard de dollars par année dans l’amélioration du réseau routier; en sus, un 3e pont sur le Bosphore sera terminé en 2015, année où l’on inaugurera également notre nouvel aéroport, le 3e mondial en matière de trafic passagers; et dès cet automne, un RER circulera sous le Bosphore, joignant ses deux rives. Tout est en place, le programme de construction des sites olympiques aussi. Nous avons l’argent, le savoir-faire et la garantie financière de l’Etat central.

– A combien se montera le budget d’investissement des JO?

– Environ 5 milliards de dollars, pour les sites sportifs uniquement.

– Et pour les équipements annexes que vous venez d’évoquer?

– Rien de spécial. L’essentiel est achevé ou en voie de l’être.

– Fin 2012, l’économie stambouliote a atteint un niveau record depuis la création de l’Istanbul Stock Exchange, en 1985. Par rapport à la situation japonaise et surtout espagnole, considérez-vous ce résultat comme un atout majeur?

– Oui, et davantage encore si l’on y ajoute les 5,2% de croissance du PIB turc l’an dernier, soit trois fois et demie plus que la moyenne européenne. Et cette croissance ne va pas s’arrêter. En pleine crise économique internationale, nous offrons une réelle opportunité au CIO.

– En une phrase, dites pourquoi cette 5e tentative olympique d’Istanbul sera la bonne.

– Question très délicate… Parce que l’âme des Jeux fera halte à l’endroit où deux mondes se rejoignent.

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