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Chez Matteo Renzi, pas le début d’une autocritique.
© Elisabetta Villa/Getty Images

Scrutin

En Italie, les forces anti-système balaient la classe politique traditionnelle

Les élections législatives de dimanche ont été marquées par la débâcle du Parti démocrate, au pouvoir durant cinq ans, et la défaite de Silvio Berlusconi. Les forces politiques habituellement au gouvernement n’inspirent plus confiance

Matteo Renzi démissionne, mais pas vraiment. Le Parti démocrate (PD, centre gauche) a perdu, mais ce n’est pas de sa faute. Au lendemain de la première réaction du secrétaire de la formation de centre gauche, grand perdant des élections législatives de dimanche, les commentateurs et le monde politique restent encore incrédules. Il a annoncé sa démission, mais seulement après la formation prochaine d’un gouvernement. Après que son parti a passé cinq ans au pouvoir, après être resté près de trois ans au sommet de l’Etat, la défaite est amère.

La principale force de la gauche italienne a recueilli quelque 18% des suffrages à la Chambre des députés et 19% au Sénat. Le score des démocrates est bien en deçà des sondages les plus pessimistes et loin du score déjà mitigé de 2013, quand ils recueillaient un quart des voix, 0,13% sous le Mouvement 5 étoiles (M5S). Leur débâcle les place à seulement un peu plus d’un point de la Ligue de Matteo Salvini, à l’extrême droite. Les deux forces anti-système ont remporté le scrutin, mais leur résultat ne leur permet cependant pas de former une majorité.

La fin de la gauche

Difficile pour les opposants comme pour les alliés de Matteo Renzi de croire vraiment les propos publics du chef. Il reconnaît une «nette défaite», mais démontre vouloir avoir encore un rôle à jouer dans les prochaines semaines: lors de l’élection des présidents des Chambres, dès le 23 mars, qui permettront d’observer si une majorité se dessine déjà. Lors des consultations avec le président de la République, Sergio Mattarella, qui devra désigner la personne chargée de former un gouvernement. Lors du vote de confiance du parlement à ce nouvel exécutif. «N’oublions pas que Machiavel était Florentin», a commenté, souriant, un politologue.

L’ancien maire de Florence veut absolument «éviter un risque»: «Nous avons dit non à un gouvernement avec les extrémistes.» Il craint qu’une partie des démocrates ne soient prêts à soutenir un gouvernement du M5S et, pour ce faire, ne l’écarte pas définitivement. «Notre place est à l’opposition, a-t-il répondu lundi. Nous ne serons pas la béquille de qui est contre toutes les valeurs que nous représentons.»

Celui qui représentait il y a encore quatre ans le renouveau de la politique de la Péninsule, celui qui avait conduit son parti à devenir la première force politique du continent en pourcentage lors des élections européennes de 2014, est-il aujourd’hui en train d’enterrer la gauche italienne? Celle-ci «n’existe plus, a écrit Il Fatto Quotidiano dès les premiers résultats connus. Elle a été détruite par Matteo Renzi bien sûr», mais aussi par les frondeurs de son camp.

Nous n’avons pas compris ce qui couvait vraiment dans la société

Massimo D’Alema, ancien président du Conseil

Car le Parti démocrate s’est divisé l’an dernier. La personne de Matteo Renzi était jugée trop clivante, non conciliante, arrogante. Les précédents secrétaire du parti ou chef du gouvernement, tels Pier Luigi Bersani ou Massimo D’Alema, ont préféré adhérer à une nouvelle formation. Or, Libres et égaux a été laminée lors des élections. L’ancien communiste devenu président du Conseil à la fin des années 90 n’a recueilli dans les Pouilles que 3,9% des voix. «Nous n’avons pas perçu combien la situation était grave, explique-t-il au Corriere della Sera. Nous n’avons pas compris ce qui couvait vraiment sous la peau des personnes et dans la société.»

Mais chez Matteo Renzi, pas le début d’une autocritique. Il ne cherche pas à expliquer le désamour des électeurs envers la gauche. Il trouve les explications ailleurs. L’erreur est selon lui de ne pas avoir organisé les élections en 2017, en même temps que la France et l’Allemagne. Cette possibilité avait été évoquée après le rejet des Italiens de sa réforme phare de la Constitution. Sa démission du poste de président du Conseil avait suivi ce référendum.

Une campagne «trop technique»

«Notre campagne a été trop technique», a-t-il ajouté lundi soir devant la presse au siège du parti à Rome. Et surtout, «nous avons souffert du vent extrémiste. Celui que nous avions bloqué en 2014, mais pas cette fois.» Dans le «vent extrémiste», il classe les voix allées au M5S ou à la Ligue, celle d’un Italien sur deux.

C’est ce même vent qui a balayé toutes les forces politiques traditionnelles transalpines. A droite, les électeurs ont préféré Matteo Salvini et sa Ligue à l’infatigable Silvio Berlusconi. A 81 ans, le énième retour du Cavaliere n’a cette fois pas pris. Il s’était posé en barrage contre le populisme représenté selon lui par le M5S. Son message n’a pas été entendu. Le Caïman serait aujourd’hui surpris, amer, déçu. Avec une seule satisfaction: que chaque vote à la Ligue ait été enlevé au mouvement étoilé. Mais dans tous les cas, une voix à l’anti-establishment.

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