Italie

En Italie, Giuseppe Conte jette l'éponge, le président désigne Carlo Cottarelli

Le président italien, Sergio Mattarella, s’apprête à désigner, lundi, Carlo Cottarelli, après avoir imposé son veto à un gouvernement clairement eurosceptique. Les populistes crient à la trahison

Giuseppe Conte renonce à être premier ministre, a annoncé la présidence italienne. Il n’est pas parvenu à imposer son équipe, faute d’accord sur le nom du ministre des Finances. Il avait été choisi par le Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste) et la Ligue (extrême droite) pour occuper la fonction de président du Conseil. Il a renoncé à former un gouvernement après sa rencontre avec le chef de l’Etat, Sergio Mattarella.

Celui-ci a refusé d’accepter que l’économiste Paolo Savona prenne le portefeuille des Finances, en raison notamment de son hostilité connue et déclarée pour l’euro et pour les institutions européennes.

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Le veto du président a déclenché la colère des partis anti-système: «Disons-le clairement qu’il est inutile d’aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font. Toujours les mêmes», s’est insurgé Luigi Di Maio. «L’Italie n’est pas un pays libre, c’est un pays occupé financièrement, pas militairement, par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles», a rugi Matteo Salvini.

«Le problème est Savona»

«Dans une démocratie, si nous sommes toujours en démocratie, il n’y a qu’une seule chose à faire, laisser les Italiens avoir leur mot à dire», a déclaré Matteo Salvini devant des partisans rassemblés dans le centre de l’Italie. Matteo Salvini et le dirigeant du M5S, Luigi Di Maio, se sont entretenus dimanche de manière informelle avec le président de la République afin de trouver une solution.

«Le problème est Savona», a déclaré une source au sein de la coalition, précisant que l’économiste n’avait pas suffisamment adouci certaines de ses positions sur l’Europe. Paolo Savona, 81 ans, doute de la pertinence du maintien de l’Italie dans la zone euro.

A ce propos: Paolo Savona, futur ministre italien de l’Economie?

Le président a également tenté de s’expliquer devant la presse: «La désignation du ministre de l’Economie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d’alarme pour les opérateurs économiques et financiers.» Car vendredi, la bourse de Milan avait terminé sur une nouvelle baisse de 1,54%, tandis que le spread, l’écart entre les taux d’emprunt à dix ans allemand et italien, avait atteint dans l’après-midi 217 points, son plus haut depuis décembre 2013.

Et c’est justement dans la perspective de la réouverture des marchés financiers lundi que Sergio Mattarella a annoncé dès dimanche soir la convocation de Carlo Cottarelli, un économiste de 64 ans, surnommé «M. Ciseaux» pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014 sous les gouvernements de centre gauche. Carlo Cottarelli, actuel directeur de l’Observatoire des comptes publics, devrait être chargé de former un gouvernement technique qui n’a quasiment aucune chance d’obtenir la confiance du parlement tant le M5S et la Ligue sont vent debout contre lui. Dans ce cas-là, sa mission serait de mener le pays à de nouvelles élections, dans un climat qui s’annonce électrique.

Des menaces de destitution

Matteo Salvini a dénoncé «un Monsieur Personne qui représente la finance internationale», et Luigi Di Maio «l’un de ces experts donneurs de leçons qui nous ont accablés en taillant dans la santé, l’éducation, l’agriculture…».

«Après ce soir, il est vraiment difficile de croire dans les lois et les institutions de l’Etat», a fait valoir Luigi Di Maio, dont le parti avait obtenu plus de 32% des voix lors des législatives de mars. «D’accord, retournons aux urnes. Mais si j’obtiens 40% et que je reviens au Quirinal avec Savona, cela changera quelque chose?»

Très amer, il a annoncé sa volonté de mettre le chef de l’Etat en accusation devant le parlement, pour obtenir sa destitution. Mais la Constitution ne permet de le faire qu’en cas de «haute trahison» ou d'«atteinte à la Constitution».

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