Europe

Italie, Grèce: la corruption colle à leur image

Les deux pays sont perçus comme les plus corrompus de la zone euro selon le classement 2012 établi par l’ONG Transparency International. Costas Bakouris, à la tête de Transparency International Grèce, et son homologue italien, Davide Del Monte, livrent leur analyse des résultats 2012

La Grèce et l’Italie ne comptent pas seulement parmi les pays d’Europe les plus touchés par la crise, ils apparaissent aussi comme les pires élèves de la zone euro en matière de corruption, selon un classement révélé mercredi. Un indicateur inquiétant à l’heure où les deux Etats s’efforcent de surmonter leurs difficultés et de convaincre qu’ils sont sur la bonne voie.

Installée au 94e rang (sur 176) du Corruption Perceptions Index 2012 établi par l’ONG Transparency International, la République hellénique recule de 14 places par rapport au classement 2011, et s’affiche même comme le pays le plus mal classé de toute l’Union européenne. Elle est également précédée par le Bénin et la Zambie, dont les ressortissants paraissent moins susceptibles que les siens de graisser la patte à d’avides fonctionnaires ou d’acheter les faveurs d’accommodants politiciens. Quant à l’Italie, 72e, elle perd trois places par rapport à 2011 et est désormais devancée au niveau européen par la Roumanie, pourtant considérée par Transparency International comme l’un des pays de l’UE où le risque de corruption est le plus élevé, sur la base d’une étude publiée en juin.

Mais, en dépit de leur piètre performance, il ne faut pas désespérer des deux cancres, selon Costas Bakouris, à la tête de Transparency International Grèce, qui, avec son homologue italien Davide Del Monte, livre son analyse des résultats 2012. Premièrement, il ne faut pas dramatiser, car le classement ne constitue pas une évaluation objective du degré de corruption des pays, mais de la manière dont celui-ci est perçu à travers le monde pour un Etat donné, plaide-t-il. Deuxièmement, «le nombre de pays pris en compte et la méthodologie pour établir le classement ne sont pas les mêmes que l’an dernier, ce qui rend les comparaisons difficiles avec 2011» et, poursuit Costas Bakouris, permet de relativiser la dégringolade grecque. «Il ne fait aucun doute que le 94e rang est une mauvaise place, mais cela s’explique en grande partie par la surexposition médiatique de chaque affaire de corruption qui a eu lieu en Grèce cette année. Cela a donné l’impression fausse que ces pratiques augmentaient dans le pays, alors qu’en réalité, la situation ne doit pas être très différente des années précédentes.»

Pour s’en assurer, il faudra attendre les résultats 2012 de l’enquête que Transparency International Grèce mène sur la corruption dans le pays (et pas sur sa perception cette fois). «En 2011, l’étude faisait état d’une diminution des pots-de-vin et autres dessous-de-table, accréditant plutôt l’idée que les crises ne sont pas des périodes très propices à la corruption en raison de la raréfaction des ressources.»

Directeur de l’antenne italienne de l’ONG, Davide Del Monte souligne que la place de la Péninsule dans le classement au cours des dernières années a oscillé entre stabilité et légère dégradation. Pas de révolution en 2012, estime-t-il, malgré le recul encaissé. «Mais cela n’empêche pas la situation d’être gravissime dans le pays.» La Cour des comptes estime à 60 milliards d’euros le coût annuel de la corruption en Italie. «A cause de cela, chaque route, chaque ouvrage public peut coûter au contribuable jusqu’à 40% de plus que le prix normal», relève-t-il, toujours sur la base d’une estimation de la Cour.

Les mauvaises pratiques, qui gangrènent le secteur public, atteignent des sommets dans le domaine de la santé, «en raison de l’opacité du financement de structures de soins privées par des fonds publics, et de la nomination très politisée des directeurs d’hôpitaux par les exécutifs régionaux», souligne le responsable. A cela s’ajoute «le manque général d’éthique et de moralité de la classe politique», qui a enchaîné les scandales de détournement ou de captation de fonds publics cette année.

Cela explique que l’image de l’Italie demeure mauvaise en dépit de la volonté affichée depuis un an par le gouvernement Monti de lutter contre la corruption. Une loi plus restrictive en la matière a bien été votée, mais cela n’a pas suffi. Car, note Davide Del Monte, «dans ce pays, ce n’est pas parce qu’il existe une loi qu’on est certain qu’elle sera appliquée».

En Italie, «chaque route peut coûter au contribuable jusqu’à 40% de plus»

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