Le président de la République Sergio Mattarella «a reçu ce matin […] Mario Draghi, auquel il a donné mandat de former le gouvernement. M. Draghi a accepté sous réserve», a indiqué le secrétaire général de la présidence, l’acceptation «sous réserve» étant la formule consacrée en Italie dans la phase de recherche d’une majorité parlementaire.

«Il s’agit d’un moment difficile […] Vaincre la pandémie, continuer la campagne de vaccination et relancer le pays sont les défis qui nous attendent», a déclaré l’ex-chef de la Banque centrale européenne à l’issue d’un entretien avec le président Sergio Mattarella. Il s’est dit «confiant que l’unité émergera des discussions avec les partis politiques et les groupes parlementaires».

Le président de la République Sergio Mattarella, arbitre en cas de crise politique, avait accueilli M. Draghi mercredi en milieu de journée au Palais du Quirinal. Cet homme de 73 ans, crédité d’avoir sauvé la zone euro en 2012 en pleine crise de la dette, devra séduire les principales formations politiques pour avoir une majorité parlementaire.

Réactions enthousiastes

Enthousiaste, la bourse de Milan avait déjà salué mercredi la probable arrivée de Mario Draghi en progressant de 2,31% peu après l’ouverture. Et le spread, le très surveillé écart entre le taux de la dette italienne et le taux allemand de référence à dix ans, perdait 7,60 points à 106,05 points de base.

M. Mattarella s’est prononcé mardi soir pour un gouvernement de «haut niveau» capable «d’affronter les graves crises actuelles: sanitaire, sociale, économique». Lançant un appel à tous les partis politiques pour qu’ils soutiennent ce gouvernement, il a fermement exclu la tenue d’élections anticipées en pleine pandémie, qui a déjà fait plus de 89 000 morts dans le pays et mis à terre l’économie.

Lire aussi: Lorenzo Castellani: «Giuseppe Conte est devenu le point d’équilibre désidéologisé de la politique italienne»

Ses propos sont intervenus juste après l’annonce d’un échec des consultations pour la reconduction de la coalition sortante menée par Giuseppe Conte, composée du Parti démocrate (PD, centre-gauche), du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème jusqu’à son arrivée au pouvoir) et du petit parti Italia Viva (IV) de Matteo Renzi.

Matteo Renzi, ex-chef du gouvernement italien qui a provoqué l’éclatement du gouvernement en retirant récemment l’appui de son petit parti, jubilait mercredi. «Toutes les personnes de bonne volonté doivent répondre à l’appel du président Mattarella et soutenir le gouvernement de Mario Draghi», a-t-il commenté sur Twitter.

Egalement ravi, Romano Prodi, ex-président de la Commission européenne et Premier ministre (Parti démocrate), a jugé que M. Draghi «protégera le pays». «Dans ce moment si délicat, il est indispensable de chercher à rassurer l’Europe sur la crédibilité de notre système», a-t-il déclaré au journal La Stampa.

«Merci, président Mattarella», a lancé sur Twitter le Commissaire européen aux affaires économique et monétaires, Paolo Gentiloni, qui figure lui aussi sur la longue liste des Premiers ministres d’un pays à l’instabilité politique chronique.

Lourde chute du PIB

Pour relancer l’économie exsangue, l’Italie table sur un plan de plus de 200 milliards d’euros financé par le méga-plan européen de relance décidé en juillet par l’Union européenne, alors que la troisième économie de la zone euro a affiché en 2020 l’une des pires chutes du PIB de la zone euro (-8,3%). L'Italie doit présenter ses propositions à Bruxelles d’ici le 30 avril.

Le chef du PD, Nicola Zingaretti, s’est dit «ouvert au dialogue pour le bien du pays». Mais pour un autre dirigeant du parti, Andrea Orlando, le seul nom de Draghi ne pourra pas «résoudre tous les problèmes» par magie, et il faudra se retrousser les manches pour trouver «une convergence sur un programme de réformes».

Lire aussi: A Rome, une crise politique à l’ombre du coronavirus

Obtenir l’aval du M5S sera plus compliqué. Le chef des sénateurs M5S au Sénat, Vito Crimi, a déjà annoncé qu’il n’apporterait pas son soutien à «la voie impraticable» d’un «gouvernement technique» provisoire. «Ce type d’exécutif a déjà été adopté dans le passé, avec des conséquences extrêmement négatives pour les citoyens italiens», a-t-il fustigé. Selon lui, le M5S, qui voulait un gouvernement avec des pleins pouvoirs politiques, «ne votera donc pas pour la naissance d’un gouvernement technique dirigé par Mario Draghi».

Mario Draghi, réputé pour sa discrétion, son sérieux et sa détermination; est «une personne extrêmement bien préparée et déterminée», a commenté pour l’AFP Giuliano Noci, professeur de stratégie à l’école de commerce de Polytechnique à Milan. «Il serait certainement en mesure de sortir l’Italie de la crise, avec le soutien du pays et du Parlement».