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Matteo Salvini triomphant à l'annonce des résultats.
© PIERO CRUCIATTI/AFP Photo

ELECTIONS

En Italie, la Ligue est aux portes du pouvoir

Le parti d’extrême droite a créé la surprise en devenant la première force de la coalition de centre droit. Son secrétaire, Matteo Salvini, devrait donc se disputer la présidence du Conseil avec Luigi Di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles devenu premier parti du pays

Deux hommes revendiquent le poste de président du Conseil au lendemain des élections législatives en Italie. Le premier est Luigi Di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles (M5S). La formation créée par l’humoriste Beppe Grillo il y a bientôt dix ans sur le rejet de la classe dirigeante est devenue dimanche le premier parti de la Péninsule avec plus de 32% des voix à la Chambre des députés comme au Sénat.

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Le second est celui ayant créé la surprise. Matteo Salvini, secrétaire fédéral de la Ligue, a mené en quatre ans son parti d’extrême droite de 4% aux élections de 2013 à plus de 17% cette année. Il prend ainsi la tête de la coalition dite de centre droit menée pendant plus de deux décennies par l’ancien chef de gouvernement Silvio Berlusconi.

Sa formation, Forza Italia, a recueilli 14% des votes. Mais ensemble, l’alliance des partis de droite et d’extrême droite a atteint 37% des électeurs, devenant ainsi la première force politique issue des urnes.
Le pacte passé par les membres de cette coalition indiquait que le premier d’entre eux serait chargé de choisir le candidat au poste de président du Conseil. Bien avant le début de la campagne électorale, Matteo Salvini visait déjà le sommet du pouvoir. «On y est, s’est-il réjoui lundi à la mi-journée au siège de la Lega à Milan. Je suis impatient de commencer.»

Mais il reviendra d’abord au président de la République, Sergio Mattarella, d’en décider, après avoir entendu chaque parti. Les vainqueurs devront lui proposer un nom. Ces consultations ne devraient pas commencer avant fin mars ou début avril. Les deux nouvelles Chambres devront d’abord se réunir le 23 mars et élire leur président. Ces deux scrutins permettront de voir si une majorité se dessine déjà. Car si les scores du Mouvement 5 étoiles et du centre droit sont élevés, ils n’ont pas atteint la majorité, ne permettant pas la formation claire d’un gouvernement.

L’homme qui a supplanté Berlusconi

Ce dernier ne pourra pas voir le jour sans le rôle décisif de la Ligue. Matteo Salvini a ravi ce rôle de kingmaker à Silvio Berlusconi. Le Milanais de 44 ans pourrait être celui qui a mis pour de bon un terme à la carrière politique du Cavaliere. «Sa force était de faire campagne, de réunir le plus grand nombre de voix» même dans les moments difficiles, «mais il a perdu cette force», analyse Giovanni Orsina, professeur d’histoire à Rome, spécialiste du Caïman. «Il est une nouvelle fois revenu certes, mais de manière toujours plus faible, ajoute le chercheur. Et c’est tout de même un homme de 81 ans.»

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En prenant les rênes fin 2013 d’une Ligue du Nord au plus bas, malmenée par des scandales financiers impliquant son prédécesseur et fondateur du parti Umberto Bossi, Matteo Salvini fait alors le pari de transformer la Lega Nord de parti régionaliste et fédéraliste en parti nationaliste sur le modèle du Front national français de Marine Le Pen, faisant notamment campagne contre les immigrés et contre l’Europe. Quatre ans plus tard, après avoir aussi allégé la Ligue de son «Nord» pour percer dans le Sud, le pari est remporté.

Non seulement la formation d’extrême droite renforce sa position dans le Nord, mais encaisse des scores impressionnants dans toute la Péninsule. Dans le centre, y compris dans une Toscane traditionnellement acquise à la gauche, la Ligue «ne descend presque jamais sous les 18%, remarque cartes en main Lorenzo De Sio, coordinateur du CISE, le Centre italien des études électorales. Et dans presque tout le Sud, il ne descend jamais sous la barre des 7%», bien trois points au-dessus de son dernier résultat national, en 2013. Pour démontrer à quel point ces chiffres sont les plus surprenants de ces élections, le professeur tient à rappeler qu’il y a encore quatre ans, «la Ligue du Nord cultivait le racisme des Italiens du Nord envers les Italiens du Sud».

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Sur l'UE, des positions floues

Ce «racisme» s’est tourné vers les étrangers. Matteo Salvini a fait campagne sur le thème de l’immigration, promettant de renvoyer plus de 600 000 clandestins. Il a par ailleurs aussi promis de baisser les taxes en instaurant une flat tax, un impôt à taux unique fixé à 15%, et de réformer le système de retraite. Mais le thème effrayant le plus en dehors des frontières transalpines est celui de l’Europe. Ses positions anti-Union et anti-euro, mais sans proposition claire de sortie ou non, inquiètent Bruxelles. Mais elles font exulter les extrêmes droites européennes. Comme son alliée française. Marine Le Pen a salué la victoire de son «ami» et qualifié sa «progression spectaculaire» comme «nouvelle étape du réveil des peuples».

Ce peuple ayant voté pour Matteo Salvini est un «électorat composé de personnes apeurées, désespérées et ressentant les problèmes économiques du pays», analyse le professeur d’histoire politique Christian Blasberg, de l’Université Luiss de Rome. Ce vote de protestation a fortement pénalisé le Parti démocrate (PD, centre gauche), au pouvoir pendant cinq ans, le faisant passer sous la barre des 20% et poussant son secrétaire et ancien premier ministre à la démission, lundi.
Avec le M5S ou la Lega, le vote de dimanche a ainsi été marqué par la victoire des populismes et de l’euroscepticisme. Quelle que soit la majorité sortant de ce résultat, le PD promet de passer à l’opposition et de lutter contre un quelconque «gouvernement d’extrémistes».

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