Angela Merkel l’a bien compris. Malgré le relent de népotisme à la Maison-Blanche, Ivanka Trump reste une interlocutrice de choix. La fille aînée de Donald Trump, devenue sa conseillère, demeure la principale confidente du président américain. Et donc celle qui potentiellement est capable d’influencer ses décisions. Après une première rencontre à Washington, la chancelière allemande lui a déjà déroulé le tapis rouge à deux reprises, en avril et la semaine dernière, en l’invitant à des conférences consacrées aux femmes dans le cadre du G20. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann rencontre Ivanka Trump ce mardi à Washington. Il se mettra lui aussi en mode séduction.

La force tranquille du clan

Bien que contestée, Ivanka Trump, 35 ans, la préférée de son père, est plutôt à l’aise et détendue dans ses interventions sur la place des femmes dans l’économie. C’est la force tranquille de la famille. Avec sa voix posée, elle apparaît comme la plus raisonnable du clan. Elle échappe pour l’instant aux gros titres sur l'«affaire russe», contrairement à son mari Jared Kushner. Et surtout à son frère Donald Trump Jr., qui vient de déclencher une tempête avec des mails prouvant qu’il était prêt à recevoir de l’aide des Russes pour nuire à Hillary Clinton.

Si elle n’était pas ma fille, ce serait tellement plus simple pour elle!

Donald Trump

Omniprésente, la fille du président a suscité des critiques il y a quelques temps, pour avoir occupé une place au G20 qui ne lui revenait pas: celle de son père. Et c’est Angela Merkel, dont les rapports avec Donald Trump sont tendus, qui est venue à son secours, en tentant de calmer le jeu. «Les délégations décident elles-mêmes si le président doit assister à une rencontre, et qui occupera son siège à la table de négociations en cas d’absence», a-t-elle souligné. «Ivanka Trump était membre à part entière de la délégation américaine et toutes les délégations agissent de la sorte. On sait très bien qu’Ivanka travaille à la Maison-Blanche et prend part aux autres initiatives.» Donald Trump, qui ne rate par une occasion pour tresser des lauriers à sa fille, a une nouvelle fois dit sa fierté d’être son père. En précisant: «Si elle n’était pas ma fille, ce serait tellement plus simple pour elle!»

Une revue de presse: A Berlin, Ivanka Trump défend son père contre les accusations de misogynie

Du côté de Johann Schneider-Ammann, on se refuse à tout commentaire sur cette polémique. Erik Reumann, son porte-parole, préfère expliquer les raisons de la rencontre: «Ivanka Trump a régulièrement manifesté son intérêt pour la formation professionnelle. La Suisse a dans ce domaine une expérience extrêmement positive qu’elle souhaite mettre en avant. C’est la raison pour laquelle un entretien a été demandé.» Il ajoute qu’il s’agit de «poursuivre et de développer les contacts que la Suisse a eus avec l’administration précédente pour aider les Etats-Unis à développer leur programme de formation professionnelle en entreprise».

Femme d’affaires

En visite à Washington les 17 et 18 juillet, Johann Schneider-Ammann est également censé s’entretenir avec d’autres représentants de l’administration Trump. Des rencontres sont planifiées avec les ministres de l’Education, du Commerce et du Travail. Sauf imprévus. Car début juin, alors que le ministre suisse de l’économie devait rencontrer son homologue américain Wilbur Ross, ce dernier a dû annuler la rencontre à la dernière minute, convoqué à la Maison-Blanche pour l’annonce sur le retrait de l’Accord de Paris sur le climat.

Quand je ne suis pas d’accord avec mon père, il le sait.

Ivanka Trump

Une annonce à laquelle Ivanka Trump, d’ailleurs, n’avait pas assisté: la femme d’affaires – elle a sa propre ligne de vêtements et d’accessoires – avait tenté, en vain, de persuader son père de pas jeter les efforts de lutte contre le changement climatique aux orties. «Quand je ne suis pas d’accord avec mon père, il le sait», souligne régulièrement la jeune femme. Elle agit en coulisses, mais est bien loin de gagner à tous les coups.

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Ivanka Trump, dont le vernis féministe est parfois remis en question, vient de publier un nouveau livre: Women who work. Johann Schneider-Ammann tentera probablement de créer le contact en lui parlant de sa propre fille, Daniela, qui, après être passée par Swatch Group, dirige désormais l’entreprise Avesco. Une entreprise qui fait partie du groupe Ammann.