Il n'y a pas encore de drapeau européen à Bagdad et le premier ministre irakien Iyad Allaoui, qui rendait vendredi visite aux chefs d'Etat et de gouvernement européens réunis en Sommet à Bruxelles, le regrette. Bruxelles finance pourtant largement des actions humanitaires, mais faute de sécurité sur le terrain irakien, ses représentants sont repliés à Amman. Iyad Allaoui souhaiterait néanmoins que, «symboliquement», la bannière bleue aux étoiles jaunes de l'Union européenne flotte sur son pays.

Le problème du drapeau n'est pas seulement sécuritaire. L'Europe ne rechigne pas à délier sa bourse pour tenter d'améliorer la vie des Irakiens: plus de 300 millions d'euros (460 millions de francs) ont déjà été engagés à titre humanitaire. Elle ne refuse pas non plus d'aider l'ONU à essayer d'organiser une légitimité démocratique en Irak: plus de 30 millions d'euros (46 millions de francs) viennent d'être débloqués pour les élections prévues en janvier. Mais la présence européenne, en termes de politique et de défense, pose encore problème. Si l'Union explore la possibilité – après les élections – de se lancer dans la formation de policiers irakiens, la France, l'Allemagne et l'Espagne sont encore très réticentes à donner à la bannière bleue une visibilité forte en Irak.

Malgré ses invectives contre les pays «spectateurs» de la crise irakienne, malgré ses frictions avec la France, Iyad Alloui a ravalé son franc-parler hier à l'heure de la rencontre avec les Européens. De leur côté, de nombreux dirigeants de l'Union, considérant aussi le résultat des élections américaines, ont insisté pour qu'on regarde «vers l'avenir». «Je n'ai jamais dit que l'Europe jouait un rôle de spectateur, a rectifié Iyad Allaoui, tout en reconnaissant qu'«il y a une divergence de vues avec certains Etats d'Europe». «L'Union européenne peut être le meilleur partenaire de l'Irak», aurait-il ajouté au cours de la réunion de travail, avant de réclamer de l'aide dans tous les domaines.

Désir de multilatéralisme

Les Européens avaient préparé une sorte de «paquet» à son intention. Ils ne sont pas prêts, comme l'OTAN depuis le mois d'août, à s'engager dès maintenant dans des missions concrètes d'entraînement des forces de sécurité irakiennes. Mais l'engagement accru de l'ONU pour l'organisation d'élections en janvier prochain en Irak répond au désir européen de multilatéralisme, maintes fois réaffirmé contre l'exclusivité de la coalition américaine en Irak. L'Union va donc à la fois participer au financement du scrutin mais aussi payer pour les soldats qui protégeront les envoyés onusiens sur le terrain. Pour séduire leur interlocuteur, les Européens ont aussi offert à l'Irak la perspective d'un partenariat économique.

«Les élections, l'ONU, c'est ce qui est le plus facile politiquement», note un diplomate. Les questions de la dette ou d'une présence sécuritaire effective sur le terrain restent hautement polémiques au sein de l'Europe. Et, malgré les efforts, couronnés de succès, faits de part et d'autre pour que tout se passe bien, les convictions des alliés de George Bush et de ceux qui se sont jadis opposés à la guerre en Irak n'ont pas varié. Ces divergences ne semblent pas prêtes à se résorber, mais sont devenues presque routinières et semblent désormais intégrées dans tout débat européen sur l'Irak.

Comme le dit, très justement Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère de l'Union, «il n'y a pas de spectateurs, tout le monde s'engage d'une manière différente». Les méthodes et les alliances demeurent en effet inchangées: pendant que Tony Blair rencontrait, en marge du Sommet, Iyad Allaoui, Jacques Chirac, Gerhard Schröder et l'Espagnol José Luis Zapatero se sont concertés de leur côté. Preuve que, sur l'Irak, comme sur d'autres dossiers – notamment les relations transatlantiques – les grands axes n'ont pas varié.