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NEW YORK, USA - APRIL 18: Izumi Nakamitsu, UN High Representative for Disarmament Affairs, speaks speaks during a United Nations Security Council meeting requested by the United Kingdom for an update on the investigation into the poisoning of a…

Sécurité collective

Izumi Nakamitsu, de l'ONU: «Le désarmement n'est pas une utopie, c'est une nécessité»

Secrétaire générale adjointe responsable des questions de désarmement aux Nations unies, Izumi Nakamitsu le souligne: le monde est plus dangereux aujourd'hui qu'au temps de la Guerre froide

Alors que Donald Trump annulait jeudi sa rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jong-un prévu le 12 juin prochain, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres présentait à l’Université de Genève son agenda pour le désarmement. Un moment fort pour tenter de redynamiser la discussion autour de la nécessité de réduire les armements dans un monde qui n’a jamais été aussi dangereux. Secrétaire générale adjointe et haut-représentante de l’ONU pour les affaires de désarmement, Izumi Nakamitsu explique au Temps les enjeux de cette nouvelle initiative onusienne.

Le Temps: Pourquoi le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a-t-il choisi de présenter un tel agenda maintenant?

Izumi Nakamitsu: La raison principale est simple: nous visons dans un monde dangereux. L’environnement sécuritaire internationale s’est détérioré. Or si certains estiment que parce que le monde est dangereux, ce n’est précisément pas le moment de désarmer, nous pensons exactement le contraire. Le désarmement doit justement revenir au cœur de la discussion. Car nous le disons dans le papier stratégique du secrétaire général, le désarmement n’est pas une question d'idéalisme ou d'utopie, c’est une chose nécessaire qui apporte de vrais gains de sécurité. Historiquement, on peut le prouver: le désarmement et le contrôle des armements a permis d’éviter des guerres ou crises majeures.

A lire: Le plaidoyer d'Antonio Guterres pour le désarmement

Dans le document intitulé «Sécuriser notre avenir commun», Antonio Guterres se montre critique des institutions multilatérales existantes qui se consacrent au désarmement.

C’est un fait. La Conférence du désarmement à Genève n’a rien produit de probant au cours des vingt dernières années même si ces dernières semaines, elle a fait de légers progrès. En analysant toutes ces enceintes multilatérales du désarmement, nous avons eu le courage de dire qu’il y a un vrai problème. C’est pourquoi nous appelons les Etats membres de l’ONU à réagir. Car ce n’est pas un problème procédural. Seule une vraie volonté politique permettra de sortir de l’impasse. Jusqu’à maintenant, le moins que l’on puisse dire, c’est que les Etats ont défendu des positions très rigides. Mais nous ne comptons cependant pas que sur les Etats membres. Nous allons nous aussi pour aller de l’avant et faire en sorte que ces enceintes multilatérales, la Conférence du désarmement, la Commission du désarmement et la première Commission de l’Assemblée générale travaillent ensemble de manière beaucoup plus cohérente. Cela dit, le secrétaire général n’entend pas imposer quoi que ce soit aux Etats membres. C’est son agenda et il va l'utiliser pour relancer la dynamique du désarmement.

Le dialogue stratégique entre Américains et Russes, mais aussi entre autres puissances nucléaires s’est fortement affaibli. Il est peut-être même inexistant. Un danger?

C’est un paramètre très inquiétant. Les tensions de la guerre froide sont revenues à la différence que le monde est aujourd’hui beaucoup plus complexe et qu’on n’a plus les mécanismes de gestion des risques et les canaux de communication qui ont permis d’éviter une crise majeure. De plus, l’imprévisibilité de notre époque et les dangers découlant de l’environnement sécuritaire plus précaire doivent nous pousser à aborder la question. Nous appelons Russes et Américains à reprendre le dialogue stratégique. Le secrétaire général va tout faire pour tenter d'aider à le rétablir.

A lire aussi: Désarmement, l'urgence d'une mobilisation tous azimuts

L’immobilisme des Etats en matière de désarmement est préoccupant. Ne faut-il pas d’autres acteurs?

Oui, la société civile doit désormais faire partie intégrante de la discussion. Les Etats membres pourraient ainsi grandement bénéficier de son expertise. On a pu le constater: plus les regards sont divers sur la question, plus on aura de chance de trouver des approches qui permettront des percées en matière de désarmement. A ce titre, la Conférence du désarmement à Genève va organiser en son sein en juin un forum avec la société civile. C’est une approche nouvelle que le directeur de l’ONU Genève, Michael Moeller, a proposé.

La technologie n’est-elle pas un facteur aggravant en matière d’armements ?

Oui, elle est d’ailleurs au centre de nos discussions. Pour l’heure, il n’y a aucun garde-fou pour empêcher que la technologie soit utilisée pour créer des armes plus performantes. La menace et le danger que celles-ci pourraient poser est grand, mais nous n’avons pas encore d’exemples montrant leurs effets réels. C’est pourquoi il est opportun d’agir maintenant à titre préventif et d’identifier les dangers potentiels. Nous devons nous interroger par exemple sur la pertinence des lois relatives à l’intelligence artificielle et aux armes létales autonomes. Il faut être clair: l’être humain doit toujours rester maître des armes quand il est question de l’usage de la force. Il y a un large consensus dans ce sens. Pour encadrer la technologie, nous avons besoin de collaborer étroitement avec le secteur privé, avec des scientifiques, des ingénieurs.

Avez-vous un exemple de coopération réussie avec le secteur privée en la matière ?

Oui, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques qui non seulement interdit l’usage de telles armes, mais aussi leur production et possession. C’est un traité d’interdiction totale. Ce traité, très complet, a été possible grâce à l’approbation claire de l’industrie qui a été impliquée dans tout le processus d’élaboration. Nous essayons de tirer les enseignements de cette collaboration pour les appliquer ailleurs.

Vous attachez une importance particulière au Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) entre les Etats-Unis et la Russie conclue en 1987. Quelle importance a-t-il dans l’environnement sécuritaire actuel ?

Pour l’Europe, son importance est majeure. Si de part et d’autre, on estime que l’autre a violé le traité, le secrétaire général va agir pour appeler les deux parties à surmonter leurs divergences. Car l’INF est un traité fondamental pour la sécurité du continent. Il a été imaginé dans une étude réalisée au sein de l’OTAN pour voir quelles étaient les options pour réduire le risque de guerre nucléaire. L’ONU va donc tout faire pour que ce traité soit maintenu.

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