Ban Ki-moon, le nouveau secrétaire général de l'ONU multiplie les voyages depuis son entrée en fonction en début d'année. Cet activisme diplomatique vise en priorité à faire plier Khartoum pour accepter l'envoi de troupes des Nations unies au Darfour et à relancer le dialogue au Moyen-Orient. Après un déplacement à Rome, pour voir le pape, et à Genève pour visiter les institutions de l'ONU, il était reçu en début de semaine à Doha par l'émir du Qatar avant de se rendre à Damas pour convaincre le président, Bachir el-Assad, de respecter les résolutions de l'ONU au Liban.

«Ils semblent à nouveau très concernés par la critique internationale, a expliqué au Temps Ban Ki-moon, après son entrevue avec le président syrien et son ministre des Affaires étrangères, Walid Muallem. Je leur ai conseillé de retrouver une place appropriée dans la communauté internationale en jouant un rôle constructif au Liban.» Première victoire pour le secrétaire général, Bachir el-Assad lui a promis de réactiver les réunions entre la Syrie et le Liban pour régler les problèmes de frontières. La veille, à Doha, il nous a accordé cette interview exclusive.

Le Temps: En deux mois vous avez rencontré à deux reprises le président syrien. Comment réagit Washington, qui tente au contraire d'isoler la Syrie?

Ban Ki-moon: Je crois que les Etats-Unis et les Nations unies partagent les mêmes objectifs de paix et de sécurité dans le Moyen-Orient. J'ai eu des consultations avec la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice. Nous sommes en complet accord. Je ne vois aucune résistance de la part du gouvernement américain.

- Il a fallu attendre quatre mois avant de vous voir à Genève. Certains au sein de l'ONU y ont vu un mauvais signal à l'égard de leur travail. Que leur dites-vous?

- Je comprends parfaitement de tels sentiments de la part du personnel de l'ONU et des organisations internationales de Genève. Mais vous devez savoir que c'est la première fois que le secrétaire général et le secrétaire général adjoint sont venus en même temps à Genève. J'ai un agenda très chargé, j'ai visité plusieurs pays du Moyen-Orient et d'Afrique. Mais j'accorde la plus haute importance aux organisations internationales de Genève. Le fait que je sois venu un petit peu tard ne signifie pas que j'y attache une moindre importance. J'ai l'intention de travailler avec Genève. Je vais à nouveau m'y rendre en juillet, et il y aura bien d'autres occasions.

- Le Conseil des droits de l'homme qui s'est réuni le mois dernier a été le théâtre d'une dure confrontation entre Etats sur la question du Darfour. Comment voyez-vous l'avenir de ce Conseil?

- Le Conseil des droits de l'homme en est à son stade initial, il a été créé en juin dernier. Je sais qu'il n'a pas été capable de répondre aux attentes de la communauté internationale alors qu'il a été créé pour surmonter les problèmes rencontrés par la Commission des droits de l'homme, son ancêtre. J'ai demandé avec force aux Etats membres et au haut-commissaire aux droits de l'homme que le Conseil réalise le processus de construction institutionnelle d'ici à la fin du mois de juin, y compris la revue périodique universelle. Cette revue et d'autres mesures de constructions institutionnelles sont des mécanismes de contrôle très forts pour apprécier objectivement et de manière prudente tous les aspects de la situation des droits de l'homme, y compris les plus sombres. Je suis sûr que vous aurez davantage confiance en cet organe et en son travail.

- Peut-on faire confiance aujourd'hui à Kim Jong-il lorsqu'il promet de geler son programme nucléaire?

- Quand il y a un accord entre les six parties (ndlr: Etats-Unis, Chine, Japon, Russie et les deux Corées) pour un code de conduite, on peut dire que ce problème du nucléaire nord-coréen est entré dans un stade de management. Je crois, plus ou moins, que tout a été résolu. Maintenant que les Nord-Coréens peuvent récupérer leurs fonds, ils doivent faire le premier pas pour dénucléariser la péninsule coréenne. D'abord geler (leur programme), puis démanteler leurs armes nucléaires. J'espère que les Nord-Coréens vont complètement respecter leurs engagements.

- De quoi avez-vous parlé avec le pape?

- Nous avons parlé avec Sa Sainteté de la façon d'assurer la paix et l'harmonie dans le monde, de promouvoir le processus de paix au Moyen-Orient et de son engagement à promouvoir le dialogue entre civilisations. J'ai exprimé mon souhait qu'il s'adresse à l'Assemblée générale. Ce serait un message fort envers la communauté internationale. Il a accepté. J'espère qu'il pourra s'y rendre au plus vite.