«Nous sommes en train d’avoir un séisme ici.» Il s’agit là des simples mots prononcés lundi par Jacinda Ardern alors qu’elle s’exprimait en direct, lors d’une interview télévisée, sur la levée des restrictions liées au Covid-19. Imperturbable, la première ministre néo-zélandaise se montre peu inquiète, regarde très brièvement autour d’elle avant de poursuivre, souriante et pleine d’assurance.

Résistance à toute épreuve

La secousse s’est produite peu avant 8 heures locales (20h suisses dimanche), à une profondeur de 52 kilomètres au large de la ville de Levin, qui se situe à environ 90 kilomètres au nord de Wellington, la capitale, où se trouvait la première ministre lors de son allocution. Elle s’exprimait depuis la maison du parlement.

Ainsi des milliers de Neo-Zélandais ont pu assister en direct à un nouvel épisode «héroïque» dispensé par la première femme du pays. Le stoïcisme, dont seule elle semble avoir le secret, est devenu viral sur les réseaux sociaux où de nombreux internautes ont salué la parfaite maîtrise émotionnelle de leur dirigeante. «Oui, je peux l’aimer encore plus», déclare une jeune femme sur Twitter. «Comment faire face aux tueries de masse, aux éruptions, aux pandémies et aux tremblements de terre lors d’interviews en direct, je vous présente notre première ministre, Jacinda Ardern; cette personne est imperturbable.»

«Leader la plus efficace du monde»

Entre attentat de Christchurch, catastrophes naturelles et coronavirus, il faut dire que la population néo-zélandaise est habituée à la gestion de crises hors pair de la femme politique. Il devient même difficile pour la presse, unanimement dithyrambique à son égard, de prendre du recul.

«Son sang-froid sous la pression, son autodiscipline et le caractère décisif de la réponse de son gouvernement à la pandémie de Covid-19 ont conduit certains à appeler Ardern le leader national le plus efficace du monde», peut-on lire sur le site du média australien The Convesation, reprenant les mots du mensuel américain The Atlantic.

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Dans une opération spéciale consacrée à la «nouvelle normalité», «le quotidien britannique The Guardian a demandé aux Britanniques en quelles figures publiques ils avaient eu le plus confiance pendant la crise du Covid-19», relaie le Courrier international. Sans surprise, le nom de Jacinda Ardern est revenu à plusieurs reprises. Elle a été l’un des premiers dirigeants à annoncer des mesures de restriction et à indiquer le niveau d’alerte maximal alors que le pays ne comptait que très peu de cas. «J’aurais aimé qu’elle soit notre première ministre, écrit l’un des participants […]. Elle possède tout ce qui fait défaut à nos dirigeants: l’humanité, l’empathie, la transparence et la compassion.»

Authenticité, mère de toutes vertus

Mais, la plupart s’accordent à le dire, c’est l’authenticité dont elle sait faire preuve qui confère à Jacinda Ardern l’honorable étiquette de «premier ministre néo-zélandais le plus populaire en un siècle», selon Guardian.

Pourtant, la responsable a souffert début mars d’un léger affaiblissement politique après l’abandon de plusieurs réformes, à six mois d’élections très incertaines. La dirigeante de 39 ans était à la peine face au Parti national (centre droit), en tête dans les sondages (46%).

«C’est tout le paradoxe d’une dirigeante qui, comme jadis les Américains John F. Kennedy ou Barack Obama, est plus populaire à l’étranger que chez elle», observait le politologue Stephen Levine de l’Université Victoria de Wellington, lors d’un entretien accordé à l’AFP. «Il n’est pas du tout inconcevable que Jacinda ne soit la femme que d’un seul mandat, disait-il à l’AFP. L’opinion internationale voit les choses en gros, pas la situation au quotidien.»

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Mais aux yeux d’une majorité de l’opinion publique, Jacinda Ardern reste un modèle exemplaire et semble donner du fil à retordre à ses détracteurs, et à ceux qui aimeraient la voir tomber. Le Temps lui avait consacré un article peu de temps après la tuerie de Christchurch, rappelant par les mots du chercheur australien David Camroux le parcours «sans fausse note» de la dirigeante.