Terrorisme

Jacinda Ardern: «Nous portons le deuil de ce qui s’est produit en Nouvelle-Zélande»

Avant sa venue à Paris pour parrainer l’«appel de Christchurch» contre l’extrémisme en ligne, la première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, avait accordé un entretien au «Monde». Extraits choisis

Vous venez à Paris présenter «l’appel de Christchurch». De quoi s’agit-il?

Jacinda Ardern: De manière évidemment tragique, les actes terroristes ne sont pas une nouveauté en France, à Paris. Pour nous, c’était nouveau. Il y a cependant un aspect inédit à l’échelle mondiale: l’attaque [le 15 mars dernier dans deux mosquées] au cours de laquelle 51 personnes ont été tuées était conçue pour être virale. Facebook, qui a été utilisé comme plateforme pour diffuser l’attaque en direct, a tenté de supprimer la vidéo: ils l’ont enlevée 1,5 million de fois. Durant les premières 24 heures, elle a été remise en ligne sur YouTube chaque seconde. Des millions de personnes l’ont vue. Et l’on sait qu’en Nouvelle-Zélande des milliers de personnes ont contacté la cellule de soutien psychologique du fait du malaise ressenti après l’avoir vue. Il y a certaines choses que la Nouvelle-Zélande pouvait faire au lendemain du 15 mars pour éviter qu’un tel acte ne se reproduise. Nous pouvions interdire les armes à feu de type militaire semi-automatiques et les fusils d’assaut. Nous l’avons fait. Nous pouvions regarder nos problèmes de cohésion sociale. Nous pouvions aussi nous demander si nos agences de sécurité et de renseignement faisaient ce qu’il fallait. Nous avons entrepris tout cela. Mais, pour ce qui s’est passé sur les réseaux sociaux, nous ne pouvons agir seuls. Ce qui nous est apparu très tôt, c’est que, si nous voulions un changement systémique, il fallait apporter une réponse mondiale à un réseau mondial.