Pour Jacinda Ardern, c’est comme si c’était déjà fait. A l’approche des élections législatives qui auront lieu samedi en Nouvelle-Zélande, les travaillistes sont crédités de 46% des intentions de vote, soit 15 points d’avance sur les Nationals, leurs principaux rivaux de centre droit. L’écart est plus important encore quand on demande aux Néo-Zélandais qui serait le meilleur chef de gouvernement. D’après le dernier sondage, paru mercredi, 55% d’entre eux citent la première ministre sortante, et seulement 20% sa principale concurrente, Judith Collins.

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La partie aurait dû être bien plus serrée puisque, en fin d’année dernière, la droite avait une courte avance (46% contre 40%). Mais entre-temps, il y a eu la pandémie de Covid-19, où, une fois encore, Jacinda Ardern s’est révélée une excellente gestionnaire. En fermant les frontières du pays très tôt, puis en imposant l’un des confinements les plus drastiques au monde, elle est parvenue à enrayer très rapidement la propagation du virus, et même à le faire quasiment disparaître – aucun nouveau cas n’a été enregistré pendant cent deux jours consécutifs. Fin août, le Covid-19 a fait un bref retour, provoquant le reconfinement, sous une forme bien moins restrictive, de la plus grande ville du pays, Auckland. Il n’y a depuis plus aucun cas de transmission communautaire et les restrictions ont été levées.

Vingt-cinq morts du Covid-19

La gestion de cette crise est unanimement saluée à l’étranger, et les chiffres parlent d’eux-mêmes: 25 morts pour 1876 cas dans un pays d’un peu moins de 5 millions d’habitants. «Les Néo-Zélandais ont massivement adhéré à son appel à agir comme une grande équipe pour vaincre le virus», estime la professeure Jennifer Curtin, qui dirige l’Institut des politiques publiques à l’Université d’Auckland.

Même si ces mesures très strictes ont provoqué la plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale – le PIB a chuté de 12,2% au deuxième trimestre –, la population ne semble pas lui en tenir rigueur. «Cette récession n’est pas dissemblable de ce qu’on a pu voir ailleurs, en revanche le virus a eu un impact bien plus lourd dans d’autres pays. En conséquence, le citoyen moyen s’accommode de l’augmentation de la dette et du maintien de la fermeture des frontières», relève Jennifer Curtin.

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Pourtant, malgré son image extrêmement positive dans le monde, son bilan est loin d’être excellent. «Elle s’est révélée être une gestionnaire de crise brillante, face à la pandémie de Covid-19, mais aussi après les attentats de Christchurch [51 fidèles musulmans abattus le 15 mars 2019 dans deux mosquées par un extrémiste australien, ndlr]. Cela lui a permis de se poser en leader compétente, ce qui était très important, car avant son élection surprise en 2017, elle n’avait jamais été au gouvernement», rappelle Jennifer Lees-Marshment, spécialiste de la communication politique. «Par contre, elle a échoué à concrétiser certaines de ses promesses de campagne les plus importantes, en particulier sur la question du logement et de la pauvreté infantile», souligne l’universitaire.

D’après le dernier rapport de l’Unicef consacré au bien-être des enfants dans les 41 pays les plus développés, la Nouvelle-Zélande n’arrive que 35e, en raison notamment d’un taux de suicide chez les adolescents (14,5 pour 100 000) deux fois plus élevé que la moyenne des pays étudiés et du fort taux de prévalence de l’obésité (39% des enfants âgés de 5 à 19 ans).

«Jobs, jobs, jobs»

Dans le cadre de sa campagne, Jacinda Ardern a bien sûr mis l’accent sur la relance économique. Elle défend sur ce sujet un programme qui, à défaut d’être très précis, se résume ainsi: «Jobs, jobs, jobs». Parmi les mesures plus symboliques, elle s’est également engagée à faire de Matariki, qu’on peut considérer comme le jour de l’An pour la communauté maorie (16% de la population) un jour férié officiel.

Enfin, les Néo-Zélandais se prononceront également samedi sur deux référendums. Le premier concerne la légalisation de l’euthanasie, votée par le parlement en 2019 mais pas encore entrée en vigueur. Le second porte sur la légalisation du cannabis à usage récréatif, un sujet sur lequel Jacinda Ardern a refusé de se prononcer, et sur lequel, à en croire les sondages, l’issue reste pour l’instant très incertaine.

A 40 ans, Jacinda Ardern semble donc bien partie pour continuer à diriger son pays trois ans de plus, tout en élevant à la maison une petite fille, Neve, âgée de 2 ans et demi. Cela ne devrait toutefois pas l’empêcher d’exercer ses fonctions: elle avait assisté en septembre 2018 à l’Assemblée générale des Nations unies avec son bébé dans les bras, une première dans l’histoire de cette organisation.