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A 37 ans, la première ministre Jacinda Ardern est non seulement la plus jeune élue à la tête de la Nouvelle-Zélande, mais elle met fin au règne de dix ans des conservateurs du Parti national. 
© Phil Walter/Getty Images

Nouvelle-Zélande

Jacinda Ardern, une heure pour devenir première ministre

La travailliste Jacinda Ardern a remporté les élections au terme d’une campagne record, ressuscitant un parti moribond. Son charisme a su aussi faire taire les machistes, qui s’inquiétaient de ses éventuels désirs de maternité, pour eux inconciliables avec le rôle

Passant de l’ombre des coulisses du Parti travailliste aux feux des projecteurs en l’espace de quelques semaines, Jacinda Ardern surprend, intrigue et éblouit. La nouvelle première ministre depuis le 26 octobre est parvenue à un coup de force. A 37 ans, non seulement elle est la plus jeune élue à la tête de la Nouvelle-Zélande, mais elle met fin au règne de dix ans des conservateurs du Parti national en s’imposant face à l’expérimenté ancien premier ministre Bill English.

Jacinda Ardern incarne l'«attrait pour les visages nouveaux» (fresh faces appeal), à l’instar d’Emmanuel Macron et du chef d’Etat canadien Justin Trudeau. Elle incarne une nouvelle génération qui exprime l’idéal d’un capitalisme à visage humain en réaction au néolibéralisme.

Prise de décision express

Comme sortie de nulle part, Jacinda Ardern est élue vice-leader du parti en mars, puis leader du parti en août, soit sept semaines avant le début de la campagne électorale. C’est un joker sorti in extremis pour sauver le Parti travailliste dont le taux de popularité s’était effondré à un historique 24%. Le comité lui a donné une heure pour prendre sa décision: «C’était court. Mais, dans un sens, cela voulait aussi dire que j’allais mener ma campagne en étant moi-même, à l’instinct.»

Sa popularité est immédiate. Le naturel de celle qui laisse parfois échapper un juron en interview fait mouche. Lors de sa première conférence de presse, c’est la ruée. Une foule de jeunes débarque pour prendre des selfies. Dans les 24 heures qui suivent, 600 nouveaux bénévoles joignent la campagne électorale. Le parti gagne 19 points dans les sondages. Le nombre d'inscriptions sur la liste des électeurs augmente. La Nouvelle-Zélande est atteinte de «Jacindamania», ainsi baptisée par les médias.

Jeunes urbains

Son image plaît aux jeunes des villes. DJ durant son temps libre, elle se produit dans les festivals. En plus de son profil branché, Jacinda Ardern reste fidèle à ses engagements de jeune militante. Son histoire en témoigne. Durant son enfance, observant les camarades sans chaussures et sans repas de midi, elle s’émeut. Cette expérience motivera son inscription au Parti travailliste à 17 ans. Aujourd’hui, l’élue au premier poste du pouvoir fait sa priorité de combattre cette situation. Un mineur sur trois est touché par la pauvreté, en premier lieu dans les communautés indigènes maorie et polynésienne. Une situation si préoccupante que l’Unicef a récemment tiré la sonnette d’alarme.

D’autres choix idéologiques ont marqué son parcours. Elle quitte à 20 ans les mormons, église de sa famille, en raison de leur position contre les homosexuels. Pour joindre le geste à la parole, elle n’hésite pas à démontrer son soutien en se joignant aux marches Gay Pride. Son parcours professionnel est décidé et ambitieux. Elle vit à Londres pendant plusieurs années où elle occupe le poste de conseillère politique de Tony Blair, alors premier ministre. Elle est ensuite désignée présidente internationale de la Jeunesse socialiste. Elle a alors l’occasion de voyager en Jordanie, Israël, Algérie et Chine. De retour au pays, elle est élue députée, non sans quelques revers.

Manque d’expérience

En dépit de son relatif manque d’expérience sur le devant de la scène politique et en particulier sur les dossiers de politique internationale, Jacinda Ardern a convaincu par sa passion et sa force de caractère. Lors d’un premier débat télévisé de campagne, elle reprend l’animateur du programme matinal, Mark Richardson. Cet ancien joueur de cricket à l’humour lourd l’interroge à propos de ses projets de maternité. «C’est une question inacceptable en 2017», répond-elle. Du coup, en clin d’œil peut-être: le jour de son assermentation, sur les marches du parlement à Auckland, la première ministre tient les mains de deux adorables petites filles blondes, les nièces de son compagnon, et pose affectueusement avec elles pour une des photos officielles.

La Jacindamania n’aura cependant pas suffi à asseoir une victoire indiscutable. Jacinda Ardern dirige un gouvernement de minorité. Pour devenir première ministre, elle a accepté un pacte d’alliance contre nature avec le parti nationaliste et populiste First, grâce auquel son chef de file, Winston Peters, obtient le siège de vice-premier ministre. Ce dernier s’est justifié: «Nous repartions pour le statu quo, j’ai choisi le changement.»

Augmenter le quota de réfugiés

Les deux personnalités se rejoignent sur un certain nombre de dossiers. Par exemple, sa première décision de chef d’Etat concerne un sujet sur lequel les deux partis s’accordent. La première ministre a annoncé sa volonté de supprimer la possibilité pour les étrangers d’acquérir des constructions établies. En ligne de mire, les Chinois, les ressortissants de l’Asie du Sud-Est et désormais les Américains qui fuient les incertitudes de la présidence Trump. Comme son nouvel allié, elle veut diminuer l’immigration, mais contrairement à lui, elle se distingue en annonçant son intention d’augmenter le quota du nombre de réfugiés.

Maoris et Pasifikas au gouvernement

Son programme a redonné l’espoir aux 4,7 millions de Néo-Zélandais, qui souffrent d’un système de santé peu généreux, en particulier défaillant lorsqu’il s’agit des maladies mentales. La crise du logement est profonde, avec des familles dormant dans les voitures en attente d’un logement social. Sur sa liste figurent la construction de nouveaux logements, la décriminalisation de l’avortement, le retour de l’université gratuite, et l’action en faveur de l’environnement comme dépolluer les rivières. Elle lance un nouvel élan: 18 membres de son cabinet sont Maoris, quatre sont Pasifikas. En tout, un tiers des membres de son gouvernement a moins de 45 ans, un cinquième a moins de 40 ans.

Premier test de l’exercice du pouvoir dimanche, chez le grand frère riche et arrogant, l’Australie. Les positions divergent sur la question du réchauffement climatique et le traitement des réfugiés. Jacinda Ardern y va armée de son slogan: «Let’s go and do this» («Allons-y et faisons-le»).


Profil

1980: Naissance à Hamilton.

2008: Elue députée au parlement.

2014: Nommée au cercle fermé des Young Global Leaders du Forum de Davos.

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