France

Jackpot ou non pour Emmanuel Macron? Les législatives françaises vont façonner le quinquennat

7882 candidats sont en lice ce dimanche pour le premier tour des élections législatives françaises. Grand favori selon les sondages? Le président Emmanuel Macron, avec lequel ses candidats s’identifient le plus possible

La logique institutionnelle paraît bien huilée: selon les sondages, le président de la République française Emmanuel Macron devrait obtenir une solide majorité à l’issue des élections législatives dont le premier tour s’est ouvert ce dimanche. La volonté des électeurs de lui donner une majorité pour gouverner durant son quinquennat, cumulée avec le désir de changement et de renouvellement de la vie politique, devrait être au rendez-vous.

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Les Français de Suisse et du Liechtenstein, qui ont déjà voté le 4 juin pour le premier tour, ont accordé une large victoire au candidat du mouvement présidentiel «La République en marche» Joachim-Son Forget avec plus de 60% des suffrages. Mais ils devront revoter le 18 juin pour un second tour imposé par la trop faible participation (19%). Une désaffection des urnes qui risque de se retrouver au niveau national: dimanche à 17h00, le taux de participation au premier tour atteignait 40,75% selon le ministère de l'Intérieur, ce qui représente une forte baisse par rapport au scrutin de 2012 à la même heure (48,31%).

Les explications de Richard Werly, notre correspondant à Paris.

Ce premier tour des législatives va-t-il s’achever par une victoire d’Emmanuel Macron?

Le nouveau président de la République, élu le 7 mai avec 66,1% des suffrages (20,8 millions de voix) contre 33,9% (10,6 millions de voix) pour Marine Le Pen est en position très favorable. Tous les sondages estiment que ces législatives des 11 et 18 juin accoucheront d’une très nette majorité pour son mouvement «La République en marche» (LREM), appelé à devenir un parti politique à part entière après son congrès fondateur en juillet prochain. A titre de comparaison, les plus basses estimations donnent à LREM environ 360 sièges de députés sur les 577 en lice pour la prochaine Assemblée nationale (il en faut 289 pour obtenir la majorité absolue), alors que le parti socialiste en avait remporté 309 en juin 2012, au lendemain de l’élection présidentielle de François Hollande.

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Certaines enquêtes d’opinion prévoient même un raz-de-marée avec plus de 400 sièges pour les «marcheurs» de Macron. 529 candidats – dont 75 issus du Modem centriste de François Bayrou – ont été investis par LREM qui, dans la cinquantaine de circonscriptions restantes, compte sur l’élection de personnalités de droite ou de gauche prêtes à rallier la future majorité présidentielle. Une nette victoire est donc anticipée pour Emmanuel Macron qui détiendra alors les leviers du pouvoir exécutif et législatif. Un test très partiel de sa popularité devrait avoir lieu lors du renouvellement partiel du Sénat en septembre prochain, mais l’enjeu n’est pas comparable car la chambre haute n’a pas le dernier mot dans le processus parlementaire français. Deux années sans scrutin s’ouvriront alors pour le Chef de l’Etat Français, jusqu’aux élections européennes de juin 2019.

Pourquoi une telle majorité, alors que le Front National est le premier parti de France?

Le mode de scrutin pour cette élection législative est le premier responsable. Les Français ne votent pas pour des listes présentées par les partis au niveau national. Ils votent pour des candidats par circonscriptions. 7882 candidats se présentent ainsi dans les 577 circonscriptions, dont onze sont réservées aux Français établis à l’étranger (la sixième circonscription est celle couvrant la Suisse et le Liechtenstein). Les candidats doivent, pour se maintenir au second tour, réunir au moins 12,5% des inscrits. Et ils ne peuvent l’emporter dès le premier tour que si le nombre total de suffrages en leur faveur est supérieur à 25% des inscrits.

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Ce mode de scrutin privilégie d’ordinaire l’ancrage local. Il permet aussi, au second tour, de constituer entre gauche et droite un «Front républicain» pour faire barrage au Front National lorsque celui-ci se retrouve en position de force. Les petits partis, traditionnellement, ont donc toujours négocié avec les grandes formations pour ne pas avoir d’opposition à leurs candidats. L’UDI, le parti centriste de droite, est allié avec les Républicains (droite) qui lui ont réservé 96 circonscriptions. Les Verts ont négocié avec le Parti socialiste qui leur a réservé une quarantaine de circonscriptions. Et le Modem de François Bayrou, nouveau ministre de la justice, a obtenu 75 circonscriptions de «La république en Marche».

Mélenchon en position périlleuse

Conséquence de ce système: deux forces politiques s’avancent seules vers les urnes ce dimanche: le Front National, qui espérait une cinquantaine de députés mais pourrait en obtenir moins de vingt (contre deux sortants) et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon (Gauche Radicale) qui rêve de transformer l’essai des 19,3% obtenus lors du premier tour de la présidentielle. Ce dernier, candidat à Marseille, apparaît en position périlleuse. Il n’est même pas parvenu à un accord avec le Parti communiste avec lequel le précédent mouvement de Mélenchon, le Front de gauche, siégeait à l’Assemblée nationale depuis 2012 au sein d’un groupe de 15 députés.

L’autre raison de cette implacable logique majoritaire est le calendrier. Ces législatives sont organisées un mois pile après le second tour de l’élection présidentielle. Elles suivent toujours, depuis le référendum sur le quinquennat en septembre 2000, l’élection du chef de l’Etat, en position favorable pour demander une majorité afin de gouverner.

Quelles sont les inconnues de ce scrutin?

Il y a en a deux principales. La première porte sur le taux d’abstention qui pourrait atteindre les 40%, ce qui serait énorme. Il ne faut pas oublier que les Français sont ce dimanche appeler à voter pour la septième fois depuis novembre 2016, si l’on tient compte des deux primaires présidentielles de droite (novembre 2016), du parti socialiste (Janvier 2017) et de la présidentielle (23 avril et 7 mai). La lassitude électorale est donc une réalité, surtout en période estivale. Et ce, d’autant plus qu’Emmanuel Macron a été largement élu.

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Si cette abstention est au rendez-vous, elle confirmera la division du paysage politique français, et confortera la thèse de ceux qui s’inquiètent de la trop faible représentation politique de la «France en colère»: celle du Front national et de la France insoumise. Un quinquennat oublieux des radicalités ne serait pas une bonne nouvelle. Seul bémol: Emmanuel Macron, poussé en cela par le centriste François Bayrou, a promis d’instaurer une part de proportionnelle pour que les futures législatives de 2022 reflètent davantage la réalité politique du pays…

Quel sera le sort des partis traditionnels?

L’autre inconnue porte sur l’affaissement des partis politiques traditionnels et le sort de quelques personnalités de premier plan. Du coté des partis, il semble que le parti socialiste au pouvoir depuis 2012 s’achemine vers une débâcle. Il pourrait voir son groupe au sein de l’Assemblée Nationale passer de prés de 300 députés à… 30! Les Républicains (Droite) jouent aussi une partition très risquée. Le Front National, enfin, subira une vraie défaite s’il n’obtient pas plus de vingt députés alors que Marine Le Pen a réuni le 7 mai plus de 10 millions de voix, record historique.

Parmi les personnalités à surveiller de près ce dimanche soir: Marine Le Pen dans sa circonscription fétiche nordiste d’Hénin Beaumont, où elle avait été battue en juin 2012 (ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui l’avait défié en vain sur ses terres); le ministre de la cohésion des territoires Richard Ferrand (Bretagne) au cœur d’une controverse sur des arrangements immobiliers familiaux; des personnalités «macroniennes» emblématiques comme l’entrepreneur Bruno Bonnell (Rhône) ou le mathématicien Cédric Villani (Essonne) ou l’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls rallié à la majorité présidentielle (Essonne). Emmanuel Macron a édicté une règle: tous les ministres candidats aux législatives et non élus devront démissionner du gouvernement.

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