A première vue, le curriculum de Jacob Zuma, prochain président probable de l'ANC, et donc de l'Afrique du Sud, n'est guère reluisant. A 65 ans, dont quarante-huit passés au sein parti et dix dans la sinistre prison de Robben Island, il a connu une déchéance brutale en 2005. Six ans après en avoir fait son vice-président, Thabo Mbeki l'a congédié lorsqu'un de ses conseillers fut condamné pour corruption.

L'année suivante, «JZ», Zoulou orgueilleux, était poursuivi pour viol. Disculpé, il n'en a pas moins à jamais choqué en relatant sa douche prise après un rapport avec une femme séropositive «pour limiter le risque de contracter la maladie.» Enfin, il risque toujours l'inculpation pour corruption dans une affaire de transaction d'armes, sur laquelle la justice ne se prononcera pas avant février 2008.

«Ses partisans prétendent qu'il a été victime de l'utilisation politique par le président Mbeki de la justice et de la police. Cela lui a valu des sympathies», relève Dirk Kotze, professeur. Sympathies qu'en homme avenant, frayant aussi bien avec la majorité noire que la minorité blanche, il a cultivées. Il sait jouer du populisme pour se démarquer de son rival. «Il est l'équivalent politique d'une manche à air, raille Pieter Fourie, professeur à Johannesburg. Il n'est attaché à aucun principe, mais dit exactement ce que les gens veulent entendre. Il est très populaire auprès des pauvres et des ruraux qui constituent 60% la population sud-africaine.»

Proche de Nelson Mandela, il est crédité de talents de médiateur. Et si son rattachement à l'aile gauche du parti inquiète les milieux d'affaires, il a courtisé les entrepreneurs et même accompli une tournée mondiale pour convaincre les investisseurs étrangers qu'il ne projetait pas de virage majeur de la politique économique. S'il est porté à la tête de l'ANC «il aura devant lui deux ans de période de grâce avant les élections de 2009 pour attaquer avec un nouvel enthousiasme les problèmes de l'Afrique du Sud. Sous sa pression, Thabo Mbeki pourrait se révéler un excellent président d'ici à la fin de son mandat», confie pleine d'espoir la politologue Susan Booysen.