Les élections générales mercredi en Afrique du Sud ont beau avoir été les plus disputées depuis l’avènement de la démocratie en 1994, le verdict des urnes ne faisait aucun doute. En tant que chef de l’African National Congress (ANC), le parti historique de la lutte contre l’apartheid dont la majorité parlementaire sera reconduite pour la quatrième fois d’affilée, Jacob Zuma, 67 ans, sera, sous peu, intronisé président du colosse «arc-en-ciel» de l’Afrique.

L’homme au crâne nu et au large sourire, qui inspire autant de vénération qu’il suscite de mépris, reste, lui, une énigme. Ou en tout cas, il est une personnalité caméléon, impossible à brosser à grands traits, une bizarrerie politique avec laquelle les diplomaties étrangères anxieuses devront apprendre à composer.

Péripéties judiciaires

L’histoire de «JZ» président, est celle d’un incroyable retour en grâce après des péripéties judiciaires qui auraient dû solder son destin politique. Celle d’un Zoulou orgueilleux, polygame et père de 18 enfants, qui revêt avec autant d’aise les peaux de léopard que le costume-cravate taillé sur mesure. L’ascension enfin, d’un autodidacte sans vergogne, propulsé à la charge suprême à force de circonvolutions et de serments populistes. Mais aussi, d’opiniâtreté et d’habileté à cultiver les liens avec la majorité noire et la minorité blanche, les pauvres et les milieux d’affaires.

Jacob Zuma est né en 1942, dans une modeste famille du pays zoulou. Orphelin de père dès l’enfance, il doit cumuler des petits boulots (pâtre, coursier…) qui le tiendront à l’écart des bancs de l’école. Adolescent, il rejoint en 1959 les rangs de l’ANC. Une année plus tard, le mouvement est déclaré hors la loi et décide de recourir à la violence. Jacob Zuma payera son engagement pour la lutte armée de dix ans d’emprisonnement dans les sinistres geôles de Robben Island, où il côtoie Nelson Mandela et s’instruit.

A sa libération, en 1973, «il a joué un rôle critique pour rétablir les structures souterraines de l’ANC dans la province du Natal», relate sa biographie officielle. Il quitte ensuite l’Afrique du Sud pour organiser, depuis le Swaziland, le Mozambique puis la Zambie, le combat contre le régime ségrégationniste blanc et gravit les échelons de l’appareil ANC. Devenu chef des renseignements en 1987, il sera dans le tout premier cercle des négociateurs qui ouvrent, à compter de 1990, la voie à une transition pacifique de l’Afrique du Sud.

Corruption

En 1999, Thabo Mbeki, qui succède à Nelson Mandela à la présidence, en fait son vice-président. Ce même Thabo Mbeki le congédie abruptement en 2005, lorsqu’un conseiller de Jacob Zuma est accusé de corruption dans une affaire d’armement. «JZ» l’est à son tour quelques semaines plus tard. En 2006, il est poursuivi pour viol, puis disculpé. Il n’en a pas moins frappé les esprits en relatant la douche prise après son rapport avec l’accusatrice, une femme séropositive, pour ne pas contracter la maladie. La saga judiciaire pour corruption, elle, s’éternise. Comme par enchantement, elle vient de connaître son épilogue il y a trois semaines: en raison d’immixtion politique dans l’affaire, l’accusation a été levée. Mais pour les détracteurs du tribun amateur de déclarations outrancières et à l’agenda politique nébuleux, la suspicion subsistera toujours.

La vaste foule des partisans de «JZ» exulte. Elle a toujours pensé que son héros de modeste extraction était victime d’un complot ourdi par Thabo Mbeki, cet intellectuel compassé en lequel elle ne se reconnaissait plus. Quinze ans après la fin de l’apartheid, elle rêve toujours de s’affranchir du fardeau de l’histoire. Jacob Zuma sera-t-il ce président qu’elle attendait?