Jacques Chirac a été déclaré coupable jeudi de «détournement de fonds publics» et d’«abus de confiance», ainsi que de «prise illégale d’intérêt» dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. L’ancien chef de l’Etat, âgé de 79 ans, a la possibilité de faire appel.

Jugé pour «prise illégale d’intérêt», «abus de confiance» et «détournement de fonds publics», Jacques Chirac encourt en théorie dix ans de prison et 150 000 euros d’amende. Une éventuelle peine sera annoncée plus tard dans la matinée.

Le parquet avait requis sa relaxe lors de son procès en septembre dernier, où il était absent pour raison de santé et représenté par ses avocats.

Après douze ans d’immunité pénale à l’Elysée suivis d’années d’atermoiements judiciaires, il avait été autorisé en septembre à ne pas se présenter à son procès grâce à un certificat médical parlant de «troubles sévères de la mémoire» et «d’importantes erreurs de jugement et de raisonnement».

L’affaire avait deux volets: l’un, instruit à Paris, portait sur 21 emplois et l’autre, instruit à Nanterre, sur sept postes. Ce dernier dossier avait valu à l’actuel ministre des Affaires étrangères Alain Juppé une condamnation en 2004, en tant qu’ancien adjoint de Jacques Chirac.

Les emplois en cause ont été rémunérés par la mairie de Paris de 1990 à 1995. Jacques Chirac – qui était à l’époque maire de Paris, président du RPR (ancêtre de l’UMP, le parti au pouvoir) et préparait la présidentielle de 1995 – était soupçonné d’avoir mis les deniers municipaux au service de ses ambitions électorales et des intérêts de son parti.

L’ancien président a toujours récusé les faits qui lui sont reprochés. Il avait affirmé «n’avoir commis aucune faute pénale ou morale», dans une déclaration lue au procès par l’un de ses avocats.

Le parquet avait requis la relaxe de tous les prévenus. Neuf personnes, suspectées d’avoir bénéficié de ces emplois ou d’avoir contribué à les créer, comparaissaient aux côtés de l’ancien président.

Le Tribunal correctionnel de Paris a déclaré irrecevable la constitution de partie civile de l’association anti-corruption Anticor, qui avait seule porté la contradiction face à la défense.

La principale victime, la Ville de Paris, aujourd’hui dirigée par les socialistes, avait renoncé à se porter partie civile au procès, ayant été indemnisée par l’UMP et M. Chirac.

Appel

L’ancien président français décidera d’ici ce soir s’il fait ou non appel de sa condamnation à deux ans de prison avec sursis pour des emplois fictifs à la ville de Paris, a déclaré jeudi l’un de ses avocats, Me Georges Kiejman, à l’issue du jugement.

«Nous saurons ce soir s’il accepte cette décision ou s’il souhaite par principe en faire appel», a dit Me Georges Kiejman qui a estimé que «pour ceux qui attendaient une relaxe ou une dispense de peine, le jugement peut apparaître comme décevant».

«Il faut quand même tenir compte de la grande modération du tribunal qui a tenu à rappeler les grandes qualités personnelles du président Chirac, l’ancienneté des faits et également le rôle qu’il avait pu jouer dans l’organisation de l’encadrement du financement des partis politiques», a-t-il ajouté.

«J’espère que ce jugement ne changera rien à l’affection profonde que les Français conservent légitimement à l’égard de Jacques Chirac», a encore dit Me Kiejman.