Les vacances de Jacques Chirac, au fort de Brégançon dans le Var, sont empoisonnées par un château, celui de Bity, qu'il possède avec sa femme à Sarran, en Corrèze. Depuis le mois d'août, chaque mercredi, le Canard enchaîné apporte un lot de révélations stupéfiantes sur la façon dont le président de la République a fait acheter par la fondation humanitaire Claude Pompidou un terrain de 5 hectares autour dudit château. Un achat sans aucune raison vraiment convaincante, mais dont la conséquence est que les châtelains de Bity se sont assuré, à peu de frais, la tranquillité dans leur voisinage.

Venant après l'affaire de la cassette où l'ex-financier du RPR, Jean Claude Méry, évoquait la remise de grosses sommes en liquide en mains propres à Jacques Chirac, celle des voyages personnels payés – cash – par le futur chef de l'Etat sous un faux nom, le coût «abracadabrantesque» des vacances à l'île Maurice du candidat élu sur thème du refus de la «fracture sociale», ces nouvelles révélations sur les étranges mœurs de châtelain du président commencent à faire beaucoup.

Subventions et déductions

Jacques Chirac et sa femme avaient acheté le château de Bity – «une grande maison en ruine», selon l'expression du président – en 1969. En 1972, le Canard enchaîné, déjà, révélait que le château avait été classé bâtiment historique peu de temps après son acquisition. Ce qui avait permis à Jacques Chirac, alors secrétaire d'Etat au budget, de bénéficier de subventions et de déduire l'ensemble des travaux de sa déclaration de revenu. L'affaire avait déjà fait mauvais genre. Puis on avait un peu oublié le «château Chirac» jusqu'à ce que, le 1er août dernier, reproduction de procès verbaux à la clé, le Canard révèle que la fondation Pompidou, dont Jacques Chirac était alors le trésorier, avait acquis, en 1978, 5 hectares de pré autour du bâtiment. Officiellement la fondation humanitaire souhaitait y installer un centre pour personnes âgées… qui n'a jamais vu le jour. Pourtant ce terrain, acheté au prix fort, laissé en jachère, est toujours resté dans le patrimoine de la fondation qui n'a jamais songé à s'en défaire alors qu'elle connaissait de gros soucis financiers.

Le 8 août, le Canard révèle que, coïncidence sans doute, au moment de l'achat, la fondation a vu ses subventions doublées par la Ville de Paris dont le maire d'alors s'appelait Jacques Chirac. Et mardi dernier, l'hebdo satirique enfonçait le clou en révélant un procès verbal de réunion au cours de laquelle Jacques Chirac apparaît bel et bien comme le maître d'œuvre de cet achat inutile pour la fondation. Mais il apparaît aussi qu'en échange de la vente de son terrain – bien au-dessus des prix du marché – l'ancien propriétaire, qui avait primitivement voulu le céder pour l'installation d'une micro-centrale électrique, touchait un salaire de la fondation Pompidou. Lui, pour sa part, s'engageait à ne vendre aucun terrain autour de Bity sans le proposer d'abord à la fondation.

Au final, et en attendant la prochaine livraison du Canard, on se rend compte que la fondation Pompidou, en dépit de ses grosses difficultés financières, a porté une attention surprenante sur un terrain dont elle n'a eu que faire, dans une commune où elle n'a développé aucune activité, sinon de s'assurer de la tranquillité de son illustre trésorier. Celui-ci, devenu président de la République, a préféré cette année renoncer à ses dispendieuses destinations de villégiature et est resté sagement dans la résidence d'été des chefs d'Etat français. A Brégançon dans le Var.