Après les félicitations d'usage, la bataille – encore qu'à fleurets mouchetés – continue. On se demandait si la France allait modifier sa position à propos de la situation irakienne à la suite de la réélection de George Bush. Jacques Chirac n'a pas mis longtemps pour accomplir des gestes diplomatiques significatifs. Jeudi, la première conférence de presse du président réélu à peine terminée, on apprenait que le président français quitterait le Sommet de Bruxelles vendredi en fin de matinée, avant la rencontre entre le premier ministre irakien Iyad Allaoui et les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne. Un départ impossible à renvoyer, selon Jacques Chirac, pour aller rendre hommage à Cheikh Zayed décédé, à Abou Dhabi.

«C'est le ministre des Affaires étrangères, M. Michel Barnier, a déclaré vendredi Jacques Chirac lors d'une conférence de presse avant de prendre son avion pour les Emirats, qui représentera la France lors de ce déjeuner puisque je dois me rendre avant minuit, date de la fin du deuil et des cérémonies de deuil, à Abou Dhabi, au lendemain du décès de Cheikh Zayed, qui était un homme pour qui j'avais beaucoup d'estime et d'amitié, qui entretenait avec la France des relations très étroites et fortes.» Et il a précisé qu'il venait de convier à Paris le président irakien Ghazi al-Yaouar, qui avait accepté l'invitation. Cela pourrait se résumer à l'équation: un ministre pour le premier ministre d'Irak et un président pour le président. Le message est plus net.

Les relations entre le président français et Iyad Allaoui sont mauvaises. Le premier ministre d'Irak a eu quelques phrases désagréables pour la France à propos des journalistes otages. Et l'on n'apprécie pas, à Paris, la notion de «pays spectateur». Vendredi, Jacques Chirac a déclaré: «Le premier ministre Allaoui a sa personnalité, il a parfois des propos qui peuvent séduire plus ou moins, mais je n'ai aucun problème avec les autorités irakiennes.» Cependant, outre qu'il a préféré honorer Cheikh Zayed, Jacques Chirac a donné deux signaux sans équivoque.

«Besoin de perspectives claires»

Premièrement, à propos de ses relations avec Gerhard Schröder, qui ne seraient, selon certains commentateurs, plus aussi sereines. Il a demandé au chancelier allemand de parler en son nom après son départ sur plusieurs dossiers, notamment sur les relations de l'Union avec la Russie.

Deuxièmement, à propos de l'Irak proprement dit. Il a réaffirmé strictement la position française en faveur du multilatéralisme et du rôle de l'ONU: «Les messages de la France restent clairs et sont les mêmes. La solution, à nos yeux, est avant tout une solution de nature politique. Le peuple irakien a besoin de perspectives claires. La résolution 1546 a fixé des échéances précises, qu'il s'agisse des prochaines étapes de la transition politique ou, au terme de cette transition, qu'il s'agisse du départ des forces étrangères. Ces échéances doivent être à la fois confirmées et respectées. Il est donc tout à fait essentiel que les élections se déroulent à la date prévue, dans les meilleures conditions de transparence et qu'elles associent, autant que faire se peut, toutes les composantes de la société irakienne.»