Histoire

Jacques Chirac en Suisse: une visite officielle et une gaffe diplomatique

S’il a effectué une quinzaine de déplacements en Suisse, l’ancien président français, décédé ce jeudi à 86 ans, n’a été reçu qu’une fois en visite d’Etat par les autorités fédérales. Avec une bourde historique. Nos archives en témoignent

«Qui est Monsieur Cotti?» En plein discours genevois au siège du Bureau international du travail, Jacques Chirac s’interrompt ainsi, se penche vers un conseiller, et s’enquiert du pédigrée de l’interlocuteur précédent. Deux ans plus tard, lors de sa visite d’Etat les 28 et 29 octobre 1998, il reconnaît heureusement cette fois Flavio Cotti, alors président en exercice de la Confédération – il était président de l’OSCE lors de l’oubli chiraquien de 1996. Le chroniqueur du Temps d’alors, Jacques-Simon Eggly, met la visite en perspective sous la formule «La France amie mais pas trop»: «Son esprit de système lui demande un effort pour comprendre, tout simplement, ce pays voisin et ami qui se dit légitimement au cœur de l’Europe mais qui veut en être sans y être trop.»

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L’économie d’abord

Surprise, les frontaliers comptaient déjà sur Jacques Chirac «pour les défendre». Mais «l’important, désormais, est de céder sans perdre la face», car «la Suisse abdique devant la France: le vin vaudois «Champagne» perdra son nom». Le président se rend chez les patrons, au sein de ce qui était encore l’Union suisse du commerce et de l’industrie (Vorort): dans son discours, il évoque «La Suisse, l’Europe et l’économie mondiale». «En développant ce thème à Zurich, le président français vient-il persuader les Alémaniques du bien-fondé d’une adhésion à l’Europe? A l’ambassade de France à Berne, on s’en défend.» Au bout du compte, ce sera un vrai plaidoyer en faveur de la mondialisation.

Une visite éclair

Mais, cette fois encore, le président court: «Ce déplacement tient du courant d’air», écrit notre correspondant à Paris. «Bernadette Chirac ne sera pas de la partie, et le programme ne prévoit – c’est un comble – aucune halte en Suisse romande. Mais le président invite tout de même à Zurich les Suisses à choisir l’Europe le moment venu»…

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Un président galant

Le 31 décembre 1998, la regrettée Myriam Meuwly s’émerveillait que «pendant la rétrospective des mois de septembre et octobre qui enrichissait […] le TJ soir, on [pût] se rendre compte que Jacques Chirac, en visite en Suisse, maîtrisait parfaitement l’art d’honorer une dame, en l’occurrence notre présidente Ruth Dreifuss. On s’incline bas sur la main qui vous est tendue, et on l’effleure de son souffle. A minuit, ce soir, ceux qui s’y essaieront en auront la preuve aussitôt: les femmes tombent comme des mouches.»

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