Editorial

Jacques Chirac, une histoire de France

EDITORIAL. La marque du président français disparu fut celle d'une France forgée par le Général de Gaulle à la libération. Une volonté de puissance doublée, sur le plan intérieur, du désir de s'adresser à tous et de réconcilier la République. Même si sa conquête du pouvoir, elle, se fit toujours résolument à droite. 

Ce cavalier-là aimait passionnément les sauts d’obstacles du pouvoir. Il trébucha souvent. Mais il se releva toujours, emportant avec lui l’adhésion des Français que son style, au-delà de ses options politiques – à droite toujours, mais changeantes au gré des époques –, parvint souvent à séduire au pied des urnes.

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Jacques Chirac fonctionnait tel un général en campagne électorale permanente, ravi de repartir sillonner la province et l’Outre-mer avec lesquels il garda toujours le contact, même une fois élu maire de Paris. Son histoire, à partir de son départ en 1956 comme lieutenant en Algérie, combattant d’une guerre coloniale dont il réalisa très vite l’impasse, se conjugua toujours avec l’histoire de France.

Le Chirac des années 1950, jeune inspecteur des finances sorti de l’ENA aux côtés de son ami Michel Rocard, est pacifiste et proche de la gauche. Celui des années 1960, pris par Georges Pompidou sous son aile, a la fibre sociale et gaulliste. Puis viendront, dans les années 1970 et 1980, les années de traîtrise brute pour faire tomber Giscard d’Estaing, et celles du combat ultralibéral pour espérer déboulonner le «sphinx» socialiste François Mitterrand. La suite? Mitterrand et Chirac quasi réconciliés au milieu des années 1990, le premier trouvant derrière le second un esprit bien plus érudit, complexe et pragmatique qu’il ne le pensait. Le second s’empressant, tout en admirant l’habileté politique et la finesse d’esprit de son prédécesseur, de solder les comptes sombres de la guerre en reconnaissant la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs de France...

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Cette histoire de France fut aussi celle d’une double conviction. Pour Jacques Chirac, ce pays qui renvoya le général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises en 1969 devait être, à l’intérieur, calmé pour être dompté. Et, à l’étranger, offensif pour être écouté.
De là découlèrent les dilemmes de ses douze années présidentielles, de 1995 à 2007. Sur le plan domestique? Le sentiment d’inachevé et d’un rendez-vous manqué, après la cohabitation de 1997-2000, le ralliement national autour de lui en 2002 face à Jean-Marie Le Pen, puis l’incendie des banlieues de 2005, douloureux écho à sa promesse initiale de réduire la fracture sociale. Sur la scène internationale? Un retour tonitruant aux sources gaullistes lors de son refus, en 2003, d’engager la France dans la guerre américaine en Irak. Puis le sentiment de gâchis engendré par l’échec du référendum français sur le projet de Constitution européenne et les malentendus à répétition avec l’Allemagne de Gerhard Schröder.

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Conquérant plus que bâtisseur, Jacques Chirac sut formidablement accompagner la France, captant ses moments de gloire et de doute comme personne. Mais il ne sut ni la moderniser ni la transformer. D’où son inaltérable popularité. 

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