États-Unis

«J’ai été choquée et dévastée»: paroles de l'ambassadrice à Kiev limogée par Donald Trump

Lors de son audition publique, Marie Yovanovitch a insisté sur la campagne de dénigrement dont elle a fait l’objet. Donald Trump l’attaque sur Twitter, l’ex-ambassadrice lui répond en direct

«Choquée et dévastée». Voilà comment elle s’est sentie quand elle a lu la transcription du coup de fil du 25 juillet entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, à l’origine de la procédure d’impeachment. Vendredi, Marie Yovanovitch, ex-ambassadrice à Kiev limogée par Donald Trump, est apparue digne et émue lors des auditions publiques. Digne, émue mais aussi inquiète et horrifiée par la manière dont les faits se sont déroulés. Donald Trump l’attaque sur Twitter pendant l’audition, l’ex-ambassadrice lui répond en direct.

«Il va lui arriver des choses»

«Elle était une mauvaise chose pour l’Ukraine»: c’est ainsi que Donald Trump l’a qualifiée lors de son entretien avec son homologue. En ajoutant: «Il va lui arriver des choses.» Marie Yovanovitch, 61 ans, qui avait déjà témoigné à huis clos, décrit la campagne de dénigrement et les intimidations dont elle a fait l’objet à la fois de la part de Donald Trump et de son avocat Rudy Giuliani, qui menait une diplomatie parallèle en Ukraine pour pousser le président ukrainien à enquêter sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, candidat démocrate aux élections de 2020. Le secrétaire d’Etat Mike Pompeo lui a signifié qu’il n’arrivait pas à la protéger. Résultat: elle a été rappelée en urgence en mai 2018, deux mois avant le désormais fameux coup de fil. Ce n’est qu’après son départ qu’une aide militaire à Kiev a été dans un premier temps gelée, vraisemblablement pour pousser Volodymyr Zelensky à enquêter sur les Biden.

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L’ambassadrice a eu le malheur de faire savoir qu’elle n’était pas d’accord avec la manière dont les choses se sont passées. «C’était terrible. J’ai travaillé pendant trente-trois ans au service de mon pays. Ce n’est pas ainsi que je voulais que ma carrière se termine», a-t-elle commenté. Elle est la troisième à témoigner publiquement, après George Kent, haut responsable du Département d’Etat spécialiste de l’Ukraine, et William Taylor, ambassadeur américain par intérim à Kiev, mercredi.

Adam Schiff, le président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, l’a décrite, en ouverture d’audience, comme une diplomate «exemplaire», «hautement respectée», qui était «un obstacle à la poursuite par le président d’objectifs personnels et politiques». Alors que Marie Yovanovitch a avoué se sentir menacée, Donald Trump, qui visiblement suivait les auditions, a réagi en direct, sur Twitter. «Partout où Marie Yovanovitch est passée, les choses ont mal tourné», écrit-il. «Elle a commencé en Somalie, comment ça s’est passé? Ensuite, passons rapidement en Ukraine, le nouveau président ukrainien a parlé d’elle d’une manière défavorable lors de mon deuxième appel téléphonique avec lui. C’est le droit absolu du président américain de nommer des ambassadeurs.» C’est Adam Schiff qui lui a lu le tweet.

Ces attaques sont «très intimidantes», a réagi Marie Yovanovitch, dénigrée puis re-dénigrée. «Je ne crois pas avoir de tels pouvoirs, ni à Mogadiscio en Somalie, ni ailleurs. Et je pense qu’au cours des années, j’ai plutôt amélioré les choses pour les Etats-Unis et les pays où j’étais en poste», a-t-elle ajouté. Ces auditions prennent des proportions incroyables, puisque le président menacé d’impeachment n’hésite désormais pas à interférer directement dans le processus et à faire des commentaires. Dans les couloirs du Congrès, après une pause, Adam Schiff n’a pas caché sa colère.

«Transformé en studio de télévision»

Après plus de 45 minutes d'interruption, l'ex-ambassadrice, qui enseigne désormais dans une université, est revenue témoigner. Elle a cette fois notamment eu droit à des remerciements de la part du républicain Steve Castor, pour services rendus, mais également pour avoir accepté de témoigner «dans ce contexte fou et alors que le Congrès s'est transformé en studio de télévision». D'autres élus républicains se sont montrés très respectueux dans leurs interrogatoires. Et malins. «Avez-vous connaissance de pots-de-vins reçus ou proposés par le président américain?»; «Avez-vous connaissance d'activités criminelles exercées par le président américain?»: à ces deux questions, Marie Yovanovitch a répondu par la négative. La question de la qualification des moyens de pressions, intimidations ou chantages exercés dans cette affaire est cruciale. 

Le matin même de l'audition, la Maison-Blanche a rendu publique la retranscription d'un autre échange téléphonique entre Donald Trump et le président Zelensky, datant du 21 avril, après l'élection de ce dernier. «Lorsque vous serez installé et prêt, j'aimerais vous inviter à la Maison Blanche», lui avait alors notamment déclaré Donald Trump. Pour les démocrates, cette invitation a, tout comme l'aide militaire, pu être utilisée pour faire pression sur le président ukrainien.

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