Un très puissant séisme, de magnitude 8,9, a frappé vendredi le nord-est du Japon, faisant violemment tanguer les immeubles de Tokyo. Des vagues de dix mètres se sont abattues sur les côtes de la préfecture de Sendai et un tsunami de sept mètres a été signalé dans la préfecture voisine de Fukushima.

A 18h00, heure suisse, le dernier bilan toujours provisoire fait état d’au moins 337 morts et 531 disparus selon les données fournies par la police, bilan établi dix heures après le violent tremblement de terre. Les autorités ont également recensé 627 blessés. Deux habitants de Tokyo témoignent.

■ Sayuri Hongo, employée au club des correspondants étrangers, Tokyo

Je prenais une pause au café, quand soudain les murs ont tremblé. Nous, Japonais, sommes habitués à cela mais, cette fois-ci, c’était différent. Personne ne savait que faire, les gens restaient interloqués au milieu de la rue. J’ai senti l’immeuble tanguer. Des livres et des bris de vaisselle jonchaient le sol. Les lignes de trains et de métros étaient paralysées. Les employés se sont approvisionnés en sandwichs et s’apprêtaient à dormir sur place. Comme je n’habite pas trop loin, à 50 km, j’ai décidé de rentrer à pied. Les bars étaient bondés! Je me suis arrêtée pour m’acheter des tennis, je ne pouvais pas parcourir le chemin sur mes talons. Plusieurs magasins de vélo se sont retrouvés en rupture de stock! Des halls ont été aménagés en ville pour ceux qui ne pouvaient rentrer. Après trois heures trente de marche, je suis enfin arrivée chez moi. Heureusement, ma maison tenait debout et mes chats se portaient bien.

■ Andrea Polier, Saitama, guide touristique

Mon premier souci a été de joindre ma famille par téléphone, mais les lignes sont restées coupées pendant des heures! Tous les programmes télévisés ont été interrompus. L’ambassade a envoyé un email pour s’enquérir de la situation des Suisses, environ une heure après le début du séisme. La maison n’a pas subi de gros dégâts, il faut dire que nous sommes spécialement bien équipés car mon mari est spécialiste des tremblements de terre. Il fabrique des pylônes en métal, posés sous terre sur des bases en pierre afin de pouvoir bouger sous l’effet des tremblements de terre, sur le modèle des temples anciens. Il a l’habitude, il est japonais, c’est rassurant. Cette nuit, quand nos deux filles seront couchées, nous allons rester éveillés. En cas de nouvelle secousse, nous suivrons les recommandations: se réfugier sous une table, ou dans l’encadrement d’une porte. ■ Denis Pasche, patron du Chalet Suisse de Tokyo, 55 ans J’étais dans mon chalet lorsque c’est arrivé. D’abord j’ai cru à une secousse habituelle, comme cela arrive souvent. Mais quand le tremblement s’est intensifié, j’ai commencé à m’inquiéter. J’ai emmené mes clients dans le jardin, tout bougeait, j’avais les jambes qui flageolaient. Heureusement, c’est un vrai chalet en madrier, du solide! J’ai plusieurs bâtiments dans la région. Dans l’un de mes appartements, une conduite d’eau a explosé, tout était inondé. Je suis parti m’occuper des réparations et, en chemin, j’ai vu une foule de gens qui attendaient un taxi ou se résignaient à rentrer chez eux à pied. Imaginez, Tokyo, c’est l’équivalent de trois fois la population de la Suisse dans un espace grand comme la Romandie! Cela fait treize ans que je tiens le chalet, on y sert la meilleure fondue de toute la ville. Une nouvelle secousse violente est annoncée dans la nuit. Chez moi, j’ai déjà tout prévu: 80 litres d’eau en bouteilles et un mélange de noix. C’est notre côté suisse, l’esprit bunker! ■ Irène Chee, sans emploi à Tokyo, 50 ans Je me suis précipitée dans la rue. Les voitures s’entrechoquaient, je n’ai pas cessé de prier, en anglais et en japonais, parce que j’ai tout de suite compris que, cette fois, c’était vraiment grave. Même les plus anciens de mon quartier n’avaient jamais vu cela. Je n’ai plus pu parler pendant vingt minutes. Mes voisins m’ont entraînée dans leur voiture, car il fait froid dehors. Nous avons regardé les nouvelles sur une télévision portable pour comprendre ce qu’il se passait, c’était surréaliste, comme un film. Dans mon quartier, plusieurs immeubles se sont fissurés, les routes se sont craquelées. Nous avons tous pensé que nous allions mourir. A présent, je suis rentrée chez moi et ça continue à trembler, je ne me sens pas en sécurité, cela peut continuer pendant deux ou trois jours. Je préférerais dormir ailleurs, mais je n’ai nulle part où aller