«J’étais posté à Swat mais j’ai quitté la police car c’était vraiment trop dangereux. J’ai été enlevé par des talibans et torturé», explique Hadji Ali qui a fui la vallée de Swat pour se réfugier à Peshawar avec sa famille. Il habite aujourd’hui dans une petite pièce insalubre qu’il partage avec sa femme et ses quatre enfants.

Ces derniers mois, le nombre de démission de policiers à Swat a atteint un chiffre record: entre 600 et 800 hommes. La campagne de terreur menée par les talibans a manifestement porté ses fruits. Sur une radio pirate, les militants ont donné pendant plusieurs mois des listes nominatives de policiers qu’ils voulaient voir démissionner sous peine de représailles. Pour Rahimullah Yusufzai, spécialiste de la question des talibans dans la région, «il est très difficile pour la police d’agir à Swat. Ce sont des agents locaux très faiblement armés et dont les familles sont parfaitement connues des talibans. C’est pour ça qu’il y a eu un très grand nombre de désertions à Swat avant l’accord de paix. Aujourd’hui encore la situation reste très instable. Et même si certains agents sont prêts à retourner dans les forces de l’ordre, beaucoup sont toujours très réticents et attendent de voir ce qui va se passer».

L’Etat «nous méprise»

Pour Hadji Ali, retourner dans les rangs de la police est inenvisageable. Il explique qu’il a été profondément déçu par l’Etat: «Pendant ma captivité, mon salaire n’a même pas été versé à ma famille. Alors pourquoi j’irai reprendre du service pour un Etat qui me méprise.»

Malik Naveed Khan, inspecteur général de police, autrement dit chef de la police de la Province de la frontière du nord-ouest, ne nie pas les difficultés: «Avec la multiplication des attentats et l’insurrection des militants, la police est en première ligne. L’année dernière, on a perdu 170 hommes. On manque terriblement de moyens. Sans oublier la corruption. On entend aussi dire que les talibans rémunèrent parfois mieux leurs recrues que l’Etat ne le fait avec ses propres agents.»

Devant son poste de contrôle de Pishte Khara qui délimite la frontière entre Peshawar et la zone tribale de la Khyber, l’officier Sayful Maluk souligne: «Le problème c’est que nous sommes formés pour lutter contre les criminels et non pas pour nous battre contre des talibans qui connaissent le maniement des armes et les techniques de combat.» Là est toute la difficulté de cette police frappée de plein fouet par une insurrection croissante face à laquelle elle ne sait comment réagir.