Jair Bolsonaro, muré dans le silence depuis sa défaite dimanche au second tour de la présidentielle remporté par Lula, a joué un drôle de jeu mardi, lors d’une allocution de trois minutes. Ne mentionnant à aucun moment ni sa défaite, ni la victoire de son adversaire Lula, le président brésilien d’extrême droite a simplement remercié ceux qui ont voté pour lui et a assuré qu’il continuerait de respecter la Constitution, tout en considérant que «des manifestations pacifiques étaient les bienvenues». Il a en revanche critiqué les divers blocages qui ont eu lieu dans tout le pays depuis l’annonce des résultats (50,9% pour Lula, 49,1% pour le président sortant).

«On a toujours dit de moi que j’étais antidémocratique mais, contrairement à mes accusateurs, j’ai toujours respecté la Constitution. Je n’ai jamais cherché à contrôler ou censurer les médias et les réseaux sociaux. En tant que président de la République et citoyen, je continuerai de respecter les commandements de notre Constitution, a-t-il déclaré. Je veux commencer par remercier les 58 millions de Brésiliens qui ont voté pour moi. Les mouvements populaires actuels sont le fruit de l’indignation et d’un sentiment d’injustice devant le déroulement du processus électoral. Les manifestations pacifiques seront toujours les bienvenues, mais nos méthodes ne peuvent être celles de la gauche, qui ont toujours nui à la population, comme la violation de la propriété, la destruction du patrimoine et la limitation du droit d’aller et venir.»

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Le chef de cabinet de la présidence, Ciro Nogueira, a ensuite confirmé qu’il initierait le processus de transition du pouvoir dès que la charge lui sera confiée. Le pire semble donc avoir été évité. Et les craintes étaient aussi nombreuses que sérieuses.

La Cour suprême, garante de la Constitution, a rapidement pris acte de ce discours dans un bref communiqué: «En ordonnant le début de la transition, (le président) a reconnu le résultat final de l’élection».

Le président d’extrême droite avait en effet lancé durant la campagne des attaques incessantes contre le système «frauduleux» des urnes électroniques, faisant craindre qu’il ne reconnaisse pas le verdict des urnes. Il avait ensuite affirmé, sans convaincre, deux jours avant le vote: «Celui qui a le plus de voix gagne. C’est la démocratie.»

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Un silence propice à la montée de la colère

Durant le long silence de deux jours du chef de l’Etat, le mouvement de protestation sur les axes routiers a fait tache d’huile, et des appels à les soutenir s’étaient multipliés sur les comptes pro-Bolsonaro sur Twitter et Telegram.

La police routière fédérale (PRF) faisait état en milieu d’après-midi de plus de 200 barrages, totaux ou partiels, dans au moins 22 des 27 Etats du Brésil. Lundi soir, seulement une douzaine d’Etats étaient concernés. Dans plusieurs régions du pays, la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.

Lundi soir, un juge de la Cour suprême a ordonné le «déblocage immédiat des routes et des voies publiques» et demandé à la Police routière fédérale (PRF) de prendre «toutes les mesures nécessaires». «Qu’ils débloquent les routes! (… ) c’est inconcevable», fulminait Rosangela Senna, habitante de Rio de 62 ans qui attendait mardi matin un hypothétique départ d’autocar à la gare routière.

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