Etats-Unis

James Comey, l’antithèse d’Edgar Hoover

Donald Trump limoge le patron du FBI alors que la pression sur le président républicain monte dans le dossier des liens de son équipe de campagne avec Moscou. James Comey, n’en a pas moins commis des erreurs, victime d’une campagne présidentielle sans précédent

James Comey, 56 ans, en impose davantage par sa stature que par son tempérament. En public, cet homme de plus de deux mètres frappe par sa discrétion. Il n’est en rien un Edgar Hoover, qui sema la terreur à la tête du FBI à l’époque du maccarthysme ou des années 1960 à l’époque du mouvement des droits civiques. En automne dernier à Washington, un collaborateur du Federal Bureau of Investigation le confiait au Temps: «Parmi les collaborateurs, James Comey suscite le respect. Tout le monde le voit comme une personne intègre.»

Procureur fédéral et plus tard vice-ministre de la Justice sous la présidence de George W. Bush, ce New-Yorkais qu’on associe au Parti républicain a été nommé à la tête du FBI par le président démocrate Barack Obama en 2013. En 2015, il a vite été plongé au cœur de l’une des campagnes électorales les plus ébouriffantes de l’histoire politique américaine. Aujourd’hui, en se faisant limoger par Donald Trump, il paie le prix d’une année de lente descente aux enfers.

Protocoles contournés

Quand le directeur du FBI tient une conférence de presse en juin 2016 pour annoncer que la candidate démocrate à la Maison-Blanche Hillary Clinton ne sera pas inculpée en dépit de son «extrême négligence» dans la manière dont elle a utilisé sa messagerie privée à la tête du Département d’État de 2009 à 2012, le Tout-Washington se frotte les yeux. James Comey rompt avec les protocoles habituels. Dans un mémo remis au président Donald Trump l’exhortant à licencier James Comey, l’actuel vice-ministre de la Justice Rod Rosenstein le souligne: «Le directeur a eu tort d’usurper l’autorité de la ministre de la Justice et d’annoncer que le cas (Clinton) devait être clos sans la moindre inculpation. […] Ce n’est pas de la compétence du directeur (du FBI) de faire ce type d’annonce.» Or James Comey s’est senti obligé d’intervenir pour marteler l’indépendance de la justice.

Peu avant, l’ex-président Bill Clinton avait rendu une visite impromptue à la ministre de la justice Loretta Lynch dans son avion garé sur le tarmac d’un aéroport. Or cette dernière enquêtait sur Hillary Clinton. Pour Hillary Clinton, l’annonce, peu avant l’été fut un énorme soulagement alors que l’affaire de ses courriels minait sa campagne électorale. Elle n’apaisera pas Donald Trump. Lors d’un débat télévisé en automne 2016, le candidat menaça de nommer un procureur pour enquêter sur sa rivale démocrate et de la faire emprisonner.

L’épisode du 28 novembre 2016, à dix jours de l’élection présidentielle est beaucoup plus discutable. James Comey annonce que l’enquête au sujet la candidate démocrate, qui avait été close quelques mois plus tôt, est rouverte. C’est le tollé dans le camp démocrate et Donald Trump félicite le patron du FBI d’avoir «redoré sa réputation» et d’avoir eu autant de «culot». Le 6 novembre, deux jours avant le scrutin, James Comey adresse une lettre au Congrès, précisant qu’il n’y a rien de nouveau et de compromettant sur Hillary Clinton. Nate Silver, du site FiveThirtyEight, a fait ses calculs. Pour lui, l’affaire a coûté la présidence à la démocrate.

Un souci d’image

Dans son mémo, Rod Rosenstein fustige le patron du FBI: «Quand des agents fédéraux et des procureurs ouvrent discrètement une enquête pénale, nous ne dissimulons rien. Nous suivons simplement la procédure établie, laquelle exige qu’on se retienne de publier des informations non publiques.» Les critiques sévères de Rod Rosenstein sont, dit-il, «partagées par d’anciens ministres et vice-ministres de la justice des deux bords politiques».

La semaine dernière, lors de son audition par le Congrès, James Comey a eu des propos qui ont surpris. Parlant des courriels d’Hillary Clinton qui avaient été découverts sur l’ordinateur portable d’Anthony Weiner, le mari d’Huma Abedin, la très proche collaboratrice de la démocrate, il a déclaré que la secrétaire d’Etat à l’époque avait transféré des milliers d’e-mails classés secrets à Anthony Weiner, un ancien membre du Congrès. Ces faits ont été démentis par des agents proches de l’enquête. Des centaines de courriels ont été trouvés sur le laptop, mais ils avaient été conservés par Huma Abedin comme «back-up». Ces imprécisions de la part du patron du FBI ont sapé quelque peu sa crédibilité.

Les deux épisodes montrent la difficulté, pour un chef du FBI, de maintenir l’équidistance partisane et surtout de résister aux énormes pressions exercées en particulier lors d’une campagne électorale comme celle de 2016. C’est précisément pour garantir son indépendance qu’il est nommé pour dix ans. Les partisans de James Comey sont persuadés qu’il a agi en bonne foi et en toute intégrité. Ses détracteurs estiment qu’il s’est davantage soucié de son image que du respect des règles sous-tendant le processus électoral.

Le moment du limogeage de James Comey interroge. En s’installant à la Maison-Blanche le 20 janvier dernier, Donald Trump n’a pas jugé utile de se débarrasser du patron du FBI. Mais la possible compromission de membres de la campagne de Trump avec des responsables russes a, depuis, pris une ampleur sans précédent. Le président républicain en a conscience. Il mène une campagne de tous les instants pour qualifier l’affaire de «canular» et pour discréditer tous ceux qui pensent que Moscou a gravement interféré dans les affaires intérieures américaines.

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