«Monsieur Egeland, votre nom circule comme possible successeur de Ruud Lubbers à la tête du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Etes-vous candidat à ce poste?» Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires est l'étoile montante de la galaxie onusienne. Depuis sa nomination en juin 2003, le chef du Bureau de coordination pour l'assistance humanitaire d'urgence (OCHA) s'est taillé au fil des crises une réputation flatteuse qui explique ce genre de question, posée mercredi à l'intéressé à l'occasion de son passage à Genève. Sa réponse est aussi claire et directe que lorsqu'il critiquait la «pingrerie» de certains Etats au lendemain du tsunami: «Non, je ne suis pas candidat.»

De l'avis de ses proches, la réponse doit être prise au pied de la lettre. Non que le Norvégien ne soit pas appelé à un avenir prometteur, mais celui qui se veut la «mauvaise conscience du monde» n'en a pas fini avec la mission qu'il s'est fixée: réformer et renforcer les secours d'urgence de l'ONU. «Dans ce domaine, nous avons accompli une révolution ces dernières années, a-t-il évoqué lors d'une conférence de presse. Nous sommes désormais en mesure de mettre sur pied une énorme chaîne logistique pour atteindre en quelques heures des victimes partout dans le monde.» Mais de reconnaître qu'il reste encore beaucoup à faire.

Pour Jan Egeland, les améliorations à apporter tiennent en un mot: prédictibilité. Prédictibilité des moyens. «Dans certains cas, l'assistance a été proche de la perfection comme après le tsunami, juge-t-il. Par contre, le déploiement de l'aide a été beaucoup plus lent au Darfour, et nous avons mandaté un groupe de travail pour qu'il formule d'ici à juin des solutions opérationnelles immédiates.»

Prédictibilité du financement, surtout. Depuis son entrée en fonctions, Jan Egeland a entrepris de diversifier les contributions, qui reposent depuis une vingtaine d'années sur le même groupe d'une dizaine de pays. En ligne de mire, les pays du Golfe ou d'Amérique latine, qu'il a entrepris de convertir à la cause humanitaire onusienne. «Un dollar versé aujourd'hui vaut deux fois plus qu'un dollar versé en juin lorsque la saison des pluies aura commencé», répète-t-il à propos du Sud-Soudan, qui n'a reçu que 4% de l'aide promise. Et de se faire une fois de plus le porte-parole des conflits oubliés, ceux qui n'ont même pas reçu le moindre dollar:

la République centrafricaine, la Tchétchénie, la Côte d'Ivoire ou encore la République démocratique du Congo.

«C'est son style», dit une des proches de cet ancien responsable d'Amnesty International Norvège: «Dire les choses telles qu'elles sont, ne jamais lâcher le morceau.»