Le Japon se relance dans le nucléaire

Asie Le pays avait arrêté toutes ses centrales après la catastrophe de Fukushima en 2011

Il redémarre un premier réacteur ce mardi

Le Japon a progressivement fermé toutes ses centrales nucléaires dans les deux années et demie qui ont suivi la catastrophe de Fukushima en mars 2011 (quelque 3000 morts «indirects» et 300 000 évacués). Ce mardi, il entame le processus inverse en remettant en marche pour la première fois l’une de ces installations, le réacteur Sendai 1, à quelque 1000 kilomètres de Tokyo, en attendant d’en relancer d’autres ces prochains mois. Le redémarrage est prévu en milieu de matinée et le début de la réaction en chaîne peu avant minuit.

Le pays a beaucoup investi dans le nucléaire civil depuis les années 1970. Son parc de centrales, composé de 48 réacteurs, est le troisième du monde derrière ceux des Etats-Unis (99) et de la France (58), loin devant ceux de la Russie (34) et de la Chine (23). A la veille de la catastrophe, il fournissait près de 30% de l’énergie consommée dans l’Archipel et certains voyaient déjà sa part atteindre à terme les 50%. Mais l’accident a brisé cet élan. Alors que les six réacteurs de la centrale sinistrée ont été condamnés, les autres ont fermé les uns après les autres par mesure de précaution.

Les énormes quantités d’électricité produites jusqu’alors par le secteur nucléaire ont été compensées depuis par des mesures d’économie d’énergie et un recours intensif aux centrales à gaz et au pétrole – les installations en fonction ont été poussées à plein régime tandis que d’autres, arrêtées pour diverses raisons, ont été remises spécialement en marche.

La conversion énergétique s’est révélée possible. Mieux: elle n’a généré ni coupure de courant, ni imposition de restrictions. Mais elle a coûté cher au Japon. Le pays a dû importer de grosses quantités supplémentaires d’hydrocarbures pour produire son électricité, ce qui a causé des surcoûts importants aux entreprises. Et il a émis plus de gaz à effet de serre que prévu, ce qui l’a éloigné des objectifs qu’il s’est engagé à atteindre au titre du Protocole de Kyoto et de la lutte mondiale contre le réchauffement climatique.

A long terme, un choix stratégique s’impose. Les autorités nippones doivent décider si elles entendent débarrasser leur pays du nucléaire, quitte à rouvrir quelques réacteurs pour traverser sans trop de surcoût la période transitoire. Ou si elles veulent continuer à miser sur l’atome, avec les risques que cela représente. L’ancien premier ministre Yoshihiko Noda, en fonction entre 2011 et 2012 penchait pour la première solution. L’actuel titulaire du poste, Shinzo Abe, se révèle, lui, un partisan résolu de la seconde.

Le Ministère japonais de l’économie, du commerce et de l’industrie a émis l’hiver dernier le souhait que la part du nucléaire représente environ un quart de la consommation nippone d’énergie à l’horizon 2030, soit presque autant qu’à la veille de l’accident de Fukushima. Or, cette ambition implique «la construction de nouvelles centrales et/ou la prolongation de l’exploitation de certains réacteurs au-delà de quarante ans», indique le journaliste Jean-François Heimburger dans un récent éditorial de l’Institut français des relations internationales. Avant de rappeler que les nouvelles normes de sécurité nippones, adoptées en juillet 2013, prévoient le démantèlement des réacteurs de plus de quarante ans.

A ce jour, des demandes ont été émises pour rouvrir 25 des 48 réacteurs du pays. Derrière Sendai 1, quatre unités ont reçu un premier feu vert technique de l’autorité nucléaire nippone: Sendai 2, Takahama 3 et 4 (dans l’ouest du pays) et Ikata 3 (dans le sud).

La population de l’Archipel est loin de partager l’optimisme du gouvernement. Selon un sondage d’opinion conduit samedi et dimanche auprès de 1000 personnes par le quotidien Mainichi Shimbun, seuls 30% des Japonais soutiennent la relance de Sendai 1, contre 57% qui s’y opposent. Sur place cependant, malgré le risque de tremblements de terre et d’éruptions volcaniques (la centrale se trouve à 50 kilomètres du mont Sakurajima connu pour son activité), la population paraît beaucoup plus partagée. Une position qui s’explique sans doute par les bénéfices importants que la centrale apporte à la région, que ce soit au titre de subsides ou en termes d’emplois.

Une dernière inconnue est le redémarrage du réacteur Sendai 1 plus de quatre ans après son arrêt pour maintenance, le 11 mai 2011, alors qu’il compte déjà plus de trente ans d’âge. Peu d’installations nucléaires ont repris leur activité après une aussi longue interruption.

La conversion énergétique s’est révélée possible mais son coût a été élevé