Japon

Les Japonais appuient les efforts de Shinzo Abe dans l’affaire des otages

Des sondages récents montrent que l’opinion publique soutient le gouvernement de Shinzo Abe, mais pas ses ambitions militaires à l’étranger

Des Japonais partagés

Les Japonais ont un avis tranché sur les deux otages kidnappés par l’Etat islamique. Dans le cas de Haruna Yukawa, exécuté récemment, ils estiment qu’en se rendant sur le terrain des djihadistes pour y mener des activités militaires, il a pris des risques et doit les assumer. En revanche, Kenji Goto bénéficie du soutien de l’opinion publique. «Kenji Goto incarne le Japonais qui aide les pauvres dans des régions de guerre [ndlr: il a notamment couvert les conflits en Tchétchénie, au Kosovo et en Sierra Leone]. La population le soutient et veut le voir revenir au Japon», souligne Michael Cucek, chercheur à l’Institut d’études contemporaines sur l’Asie de l’Université Temple à Tokyo.

Refus de verser une rançon

A côté de Kenji Goto, le gouvernement de Shinzo Abe bénéficie aussi du soutien de la population. Les Japonais comprennent qu’il dispose de peu de moyens pour libérer les otages. En raison de la gravité de la situation, l’opinion publique ne se montre guère critique. Dans un sondage publié mardi par le Sankei Shimbun, près de six Japonais sur dix jugent que le gouvernement fait des efforts suffisants pour les otages. Plus des deux tiers soutiennent le refus de verser une rançon.

Jiro Yamaguchi, professeur de sciences politiques à l’Université Hosei, à Tokyo, explique le soutien de l’opinion publique par le fait que «le gouvernement tente de la contrôler. Ses représentants ont demandé sur des chaînes de télévision à la population de s’abstenir de critiquer le gouvernement en argumentant qu’il faisait le maximum pour les otages. L’opposition politique s’abstient elle aussi de tout reproche. Dans ce contexte, il y a peu de chance que les Japonais descendent dans la rue pour manifester.»

En revanche, les Japonais ne soutiennent pas Shinzo Abe dans sa volonté de réforme de la Constitution. Le premier ministre veut se donner les moyens d’intervenir militairement à l’étranger. Or, dans un sondage publié mardi par Kyodo News, seul un Japonais sur cinq soutient cette réforme. «L’affaire des otages ne modifie pas l’opinion de la population sur la question militaire. Elle refuse que le Japon intervienne dans des conflits», explique Michael Cucek. Face à une majorité de l’opinion publique, Shinzo Abe semble toutefois rester sourd. Lors d’une séance de la Diète jeudi, le premier ministre a souligné qu’il préparait un programme pour renforcer le rôle militaire du Japon. «Il veut saisir l’opportunité de l’affaire des otages pour changer la Constitution. Mais il n’a peut-être pas compris que la demande de rançon de Daech s’est produite après un discours musclé contre le groupe terroriste lors de sa visite au Moyen-Orient et notamment en Israël», juge Michael Cucek.

Selon lui, Shinzo Abe bénéficie certes d’un large soutien, mais la situation pourrait évoluer. Si Kenji Goto est exécuté, on lui demandera pourquoi il n’a pas su mesurer les conséquences de son discours. Ceci, alors qu’il savait que deux Japonais étaient aux mains de l’Etat islamique.

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