L’enfer. C’est ce que cette Japonaise a vécu après que son fiancé a annulé sa demande en mariage, conséquence directe de sa stérilisation forcée et son incapacité à lui donner des enfants. Elle a déposé plainte contre l’Etat japonais il y a un an pour obtenir réparation. Lundi, elle et les milliers de personnes stérilisées dans le même cas ont appris qu’elles allaient recevoir une compensation. C’est ce que rapporte le quotidien britannique The Guardian.

Forcés à la stérilisation par l’Etat en raison de leur handicap, souvent des déficiences mentales, ces Japonais vont finalement obtenir 3,2 millions de yens (soit environ 30 000 francs) pour les souffrances subies sous les lois eugéniques. L’eugénisme est un procédé qui vise à améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine. C’est selon ce principe que le Japon voulait éviter aux personnes handicapées de se reproduire.

Lire l’article original: Victims of forced sterilisation in Japan to receive compensation and apology de David Hurst, publié lundi 18 mars dans «The Guardian»

«Faiblesse d’esprit héréditaire»

Entre 1948 et 1996, environ 25 000 personnes ont été stérilisées dans le cadre de ce programme, et 16 500 d’entre elles n’y avaient pas consenti. 70% des victimes étaient des femmes handicapées ou des jeunes filles, 30% étaient des hommes. Les patients les plus jeunes n’avaient que 9 ou 10 ans au moment de l’opération. Le but? Interrompre les grossesses des enfants décrits comme «inférieurs».

C’est une jeune Japonaise, âgée de 15 ans en 1972, et stérilisée de force, qui a mis en lumière les souffrances issues des lois eugéniques. Cinq ans après sa stérilisation, elle a été demandée en mariage mais «quand elle a annoncé qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant à son fiancé, il a retiré sa proposition et dit qu’il ne voulait plus l’épouser finalement», confie sa belle-sœur au Guardian. Selon les relevés officiels, la jeune femme a été stérilisée en raison de sa «faiblesse d’esprit héréditaire» mais comme dans de nombreux cas, le diagnostic est contesté par la famille.

Une autre patiente de 16 ans a, quant à elle, vu ses trompes de Fallope ligaturées en 1963, parce que les médecins pensaient lui avoir diagnostiqué une maladie mentale. Croyant le processus réversible, elle a cherché à l’inverser. Mais quand on lui a dit que c’était impossible, elle a réalisé l’étendue des dégâts. «Ils m’ont volé ma vie», a-t-elle affirmé lors d’un événement à Sendai l’an dernier.

«Une erreur politique désastreuse»

L’indemnité versée est le fruit d’un projet de loi convenu entre les députés du parti au pouvoir et ceux de l’opposition, qui doit être soumis au parlement le mois prochain. Après des années d’inaction, la mesure va dans le bon sens, estiment les victimes et leurs avocats même s’ils déplorent que l’Etat ne reconnaisse pas officiellement sa responsabilité. «Les individus ont le droit de décider d’avoir des enfants handicapés et de les élever. Et ce ne sont pas 3,2 millions de yens qui permettront de réparer le dommage causé», explique Koji Niisato, un avocat qui représente plusieurs victimes demandant compensation.

Il faut agir vite selon Hidehisa Otsuji, l’ancienne ministre de la Santé: «Les victimes sont en train de vieillir. Nous tenons à faire quelque chose de concret. Si nous attendons de trouver la solution parfaite, nous n’arriverons à rien», craint-il. Les demandes d’indemnisation sont toujours en cours d’examen par les tribunaux. Certains avocats cherchent en effet à obtenir des indemnités plus élevées que ce qui est actuellement proposé.

Pour le journal japonais Asahi, les parlementaires pourraient encore améliorer le projet de loi, arguant qu’il est encore «loin d’atteindre son objectif et d’apporter une aide satisfaisante aux victimes». Le journal a déclaré que la loi eugénique «piétinait les droits de l’homme de tant de personnes» et constituait une «erreur politique passée désastreuse».