L'«affaire russe» rebondit cette semaine, avec, cette fois, l’audition devant le Congrès de membres de la famille Trump. Lundi, c’est à huis clos que le discret mais omniprésent gendre du président américain a été interrogé par les sénateurs de la Commission du renseignement sur ses connexions russes. Il le sera de nouveau ce mardi par des membres de la Chambre des représentants. Mercredi, les regards se tourneront vers le fils aîné, Donald Jr. Trump, au cœur d’une tempête en raison d’une curieuse rencontre avec une avocate russe à laquelle Jared Kushner a également participé.

Ces auditions tombent alors qu’un fort vent de tempête souffle sur la Maison-Blanche, en lien avec les accusations d’interférence russe dans la présidentielle américaine. Le porte-parole de Donald Trump a décidé vendredi de claquer la porte, et le président américain, gêné par l’enquête menée par l’ex-patron du FBI Robert Mueller, montre des signes de nervosité en mettant de l’ordre dans son équipe d’avocats.

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Robert Mueller et le Congrès ont de quoi s’intéresser à Jared Kushner. L’influent gendre et conseiller de Donald Trump a eu des liens d’affaires avec la Russie comme promoteur immobilier. Lors d’un contrôle de sécurité pour accéder à sa nouvelle fonction, il a «oublié» de signaler une rencontre avec l’ambassadeur russe à Washington qui a eu lieu en décembre 2016. Malgré cet «oubli», il n’a pas vraiment été inquiété. L’ex-conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn, qui avait également caché ses contacts avec l’ambassadeur Kislyak, a en revanche dû démissionner.

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La nature des relations entre Jared Kushner et l’homme d’affaires Sergueï Gorkov, qui dirige depuis 2016 une grande banque russe d’investissement, a également de quoi intriguer. Tout comme sa participation à la rencontre avec l’avocate russe Natalia Vesselnitskaïa, le 9 juin 2016 dans la Trump Tower, à Manhattan. Donald Jr. Trump, qui s’est répandu en approximations, a déclaré que Jared Kushner n’y était pas présent longtemps. Selon des e-mails qu’il a dû rendre publics sous la pression des médias, l’avocate était censée divulguer des informations compromettantes sur Hillary Clinton, la rivale de Donald Trump pendant la présidentielle. Au final, le fils du président a assuré qu’aucune information de ce type n’avait été transmise pendant la rencontre et que l’avocate avait apparemment pris ce prétexte pour aborder la question de l’adoption d’enfants russes par des Américains. Il a par contre admis sur Fox News qu'«avec le recul», il aurait «peut-être agi différemment».

Déclaration adressée au Congrès

Jusqu’ici, Jared Kushner s’est bien gardé de faire le moindre commentaire sur cette affaire. Malin, il opte pour la discrétion absolue, fait profil bas, à l’opposé de son remuant beau-père, qui dénonce en permanence une «chasse aux sorcières», réagit aux attaques de façon épidermique et prend la défense de son fils sur Twitter. Lundi matin, le discret gendre a opté pour une déclaration écrite adressée au Congrès. Un document de 11 pages qui s’est rapidement retrouvé entre les mains de médias américains. Une bonne manière de leur couper l’herbe sous le pied et d’éviter des fuites mal maîtrisées.

Quatre rencontres de Jared Kushner avec des représentants russes

Dans la lettre, il assure qu’il ne s’est pas rendu responsable de collusion, pas plus qu’il ne «connaîtrait quelqu’un de l’équipe de campagne qui s’en serait rendu responsable avec le moindre gouvernement étranger». Donald Trump, dit-il, lui a demandé d’être sa personne de contact pour les gouvernements étrangers. Sa ligne de défense: au total, il a eu plus d’une centaine de contacts avec des responsables de plus de 20 pays, une activité «normale» dans le cadre d’une campagne. Il fait également savoir qu’il n’a «pas cherché à établir un canal secret avec Moscou l’an dernier», comme l’avait affirmé le Washington Post. «Je n’ai pas eu de contacts inappropriés. Je ne me suis pas basé sur des fonds russes pour financer mes activités professionnelles dans le secteur privé», résume-t-il. Il concède en revanche avoir bien eu en tout «peut-être quatre contacts avec des représentants russes». Pour ce qui est de la rencontre avec l’avocate, il déclare ne pas avoir été au courant du motif de l’entretien, être arrivé en retard et avoir eu le sentiment de perdre du temps.

Soucieux d’éviter que des médias parviennent à trouver de nouvelles informations «oubliées», Jared Kushner va jusqu’à mentionner l'e-mail d’un certain Guccifer400, qui aurait menacé de publier les déclarations d’impôt de Donald Trump s’il ne recevait pas 52 bitcoins. «J’ai porté cet e-mail à la connaissance d’un agent du Secret Service dans l’avion dans lequel nous voyagions et je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Il m’a recommandé de l’ignorer et de ne pas répondre. C’est ce que j’ai fait», écrit-il.

Donald Trump Jr. est de son côté toujours en «négociation» pour son audition de mercredi. Elle pourrait aussi se tenir à huis clos. Un manque de transparence propice à alimenter toutes sortes de spéculations dans une affaire déjà bien complexe. Pendant ce temps, Donald Trump père doit faire face à une forte baisse de popularité. Selon un sondage du Washington Post et d’ABC News, il ne remporte désormais plus que 36% d’avis favorables contre encore 42% en avril.