Portrait

Jean Rossiaud, transition verte

Le sociologue franco-suisse est candidat au siège de député au titre des Français de l’étranger. Celui qui fut l’assistant de Jean Ziegler a co-inventé le léman, monnaie locale transfrontalière

Il a donné rendez-vous en terrasse du café Grütli pour des raisons de confort (l’endroit est plaisant) mais aussi… économiques. Car le Grütli a rejoint les 400 adresses qui acceptent le léman, monnaie locale et sociale qu’il a imaginée dès 2014. On peut donc y sortir les petits billets rouges, bleus et verts (un léman vaut un franc et un euro) agrémentés des dessins d’Hermann, de Mix et Remix et de Coco (de Charlie Hebdo). Ça fait un peu Monopoly mais c’est du sérieux. Il y a même une dizaine des bureaux de change répartis entre Genève, Lausanne, Evian et Thonon.

Le mode de paiement qui est donc aussi transfrontalier «pour renforcer l’identité de notre bassin de vie» rend très fier Jean Rossiaud, un homme réputé modeste et discret. Mais il est des choses comme ça dans la vie qui emplissent d’aise et donnent envie de le crier sur tous les toits genevois. «Tout aussi bien des restaurateurs que des dentistes, des thérapeutes, des marchés comme celui de Carouge, des épiceries, des artisans ont adopté le léman. C’est une manière de défendre le commerce local et on se passe des banques» résume Jean Rossiaud.

Matchs dans la cité

Cet homme est avant tout un sourire, large, bienveillant, accroché quasi naturellement au visage. Œil bleu pigmenté d’étoiles, cheveu gris neige, verbe plutôt haut que fort, amplitude des gestes. Un peu de Méditerranée coulerait-elle dans ce corps et cet esprit-là? Bingo! Il est né à Alger en 1960. Mère juive d’Algérie, père suisse. Ils se sont rencontrés lors d’un petit bal à Chens-sur-Léman en 1958.

Le Genevois, très épris, a traversé la mer pour rejoindre celle qui passait de brèves vacances en Haute-Savoie. S’est installé, a marié en 1959 l’Algéroise. Ont pris le bateau en 1962 sitôt la déclaration d’Indépendance actée. Jean et son frère ont grandi à Onex, aux Tattes, au pied de ce qui à l’époque était encore un terrain vague. Cité-dortoir en construction habitée par les immigrés italiens, espagnols, portugais. Matchs de foot aux accents latins et lusitaniens sitôt finie l’école. Le ballon fédère, rassemble, tisse le lien social.

Mon rêve était de sauver le monde. Dans les Andes, on a monté des cantines scolaires et peu à peu sur place on a remplacé le lait et les fromages suisses par le quinoa

Mais les mamans juives qui aiment à rappeler «qu’une mère c’est tout dans la vie et que le père c’est le reste» savent siffler la fin du match. Aux crampons, celle de Jean préférait les leçons parce qu’elle est allée peu en classe et ambitionnait pour ses fils une longue scolarité et une belle carrière. Jean intègre le Collège Voltaire, décroche une matu en latin, un master en sciences politiques (1982) et en droit (1986). La maman est comblée, d’autant que Jean l’élève trois fois au statut de grand-mère.

«La famille demeure la plus belle des réussites, confie-t-il. C’est un vrai engagement. Je me suis totalement investi, tant dans l’éducation que pour les tâches domestiques. Lors de la fête des mères, je recevais moi aussi un bouquet de fleurs.»

Un globe-trotter chez Ziegler

Mais bien avant cela, il a fait le routard aux Etats-Unis et au Mexique, a été cadre universitaire à l’Institut latino-américain de Berlin, s’est engagé deux ans auprès du CICR. Missions d’aide au retour des populations au Soudan et en Ethiopie, puis au Pérou dans les Andes au contact du Sentier Lumineux. «Mon rêve était de sauver le monde, on a monté des cantines scolaires et peu à peu sur place on a remplacé le lait et les fromages suisses par le quinoa» indique-t-il. Prémisses de l’autre rêve: une nouvelle gouvernance globale, le local remis à sa place sur une planète lancée à vive allure sur la voie de la mondialisation. S’arrêter donc sur le bas-côté et observer les paysages et leurs habitants.

Jean Rossiaud repère dans la foule des gens posés quelques grands esprits. Comme les sociologues Edgar Morin ou Alain Touraine qui l’emmène au Chiapas (Mexique) voir comment les Zapatistes inventent une économie parallèle. Il devient surtout l’assistant de Jean Ziegler et pendant dix-sept ans va enseigner et faire de la recherche en qualité de sociologue à l’Université de Genève. Il étudie l’avènement de la société civile et les risques liés au nucléaire. En 1991, il fonde la section des Verts de Carouge, dans la foulée devient député puis conseiller municipal de Genève, est délégué des Verts suisses aux Verts européens. Il est aujourd’hui le codirecteur du Forum démocratique mondial, défini comme un espace de réflexion, d’action et de débat sur une nouvelle gouvernance mondiale.

Nous souhaitons une transition démocratique avec la proclamation d’une VIe République

Franco-Suisse, Jean Rossiaud est candidat aux prochaines législatives (premier tour le 4 juin) pour les Français de l’étranger dans la 6e circonscription (Suisse et Liechtenstein). Il est soutenu par Europe Ecologie Les Verts, le Parti Socialiste et le nouveau parti Demain en Commun.

Il résume ainsi son programme: «Nous souhaitons une transition démocratique avec la proclamation d’une VIe République, une transition énergique avec une sortie du nucléaire au profit des énergies renouvelables qui vont multiplier les emplois locaux, et une transition économique avec la promotion de l’éco collaborative peer to peer et des commerces de proximité.» Au Grütli, il sort une coupure de 20 lémans et la monnaie lui est rendue en léman. Énorme sourire.


 

Profil

1960: Naissance à Alger

1982: Master en sciences politiques puis en droit à Genève

1986: Première mission au Soudan et en Ethiopie pour le CICR

2013: Direction du Forum démocratique mondial

2015: Lancement du léman

Dossier
La France en campagne

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