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Jean Todt: «Les accidents de la route sont une pandémie au même titre que le sida, la tuberculose ou la malaria. Mais nous disposons de 1000 fois moins de soutien financier»
© Eddy Mottaz

Portrait

Jean Todt, pilote de la sécurité routière

Ex-copilote de rallye, ancien patron de l’écurie Ferrari de Formule 1, Jean Todt est aujourd’hui l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la sécurité routière. Installé à Genève, il jette un regard sombre sur les dégâts causés par la route

Au Palais des Nations à Genève, l’homme reste discret. C’est là qu’il a son bureau d’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la sécurité routière. Lui, c’est Jean Todt, un passionné de sport automobile qui a plusieurs années durant dirigé l’écurie sportive Ferrari à Maranello au moment où le pilote allemand Michael Schumacher dominait la Formule 1. Ce Français né il y a 72 ans à Pierrefort, un petit village d’Auvergne, dans le Cantal, où une rue porte désormais son nom, est devenu de fait très Genevois par ses fonctions. Nommé par Ban Ki-moon en 2015, puis reconduit dans sa fonction par Antonio Guterres, ce fils d’un médecin ayant quitté la Pologne à 18 ans pour venir en France est la figure onusienne de la sécurité routière rattachée à la Commission économique des Nations unies pour l’Europe.

1,3 million de morts par an

Président depuis 2009 de la Fédération internationale automobile (FIA), installée à Vernier, cet ancien copilote de rallye n’est plus dans les paddocks des grands circuits de F1 où il était reconnaissable à sa combinaison rouge de la Scuderia et à son casque à double antenne. Sa mission n’est plus d’encourager à aller le plus vite possible, mais de sensibiliser les usagers de la route, piétons, motocyclistes, cyclistes, automobilistes, à la nécessité d’agir de façon responsable pour réduire le nombre d’accidents. Le Français, que la presse italienne dénommait le «petit Napoléon» quand il était chez Ferrari, prend sa nouvelle fonction onusienne très à cœur, prêt à bousculer les idées reçues en donnant des chiffres qui choquent: «Chaque jour dans le monde, la route tue 3500 personnes et en blesse 140 000. En un an, ce sont 50 millions de blessés et 1,3 million de morts. C’est la cause de mortalité numéro un parmi les 15-29 ans.» Dans un petit film choc intitulé Save Kids Lives, le réalisateur Luc Besson, que Jean Todt connaît bien, le rappelle: 500 enfants meurent quotidiennement sur les routes en se rendant à l’école. Pour la seule France, dit-il, les accidents de la route représentent un coût de 38 milliards d’euros.

Celui qui, adolescent, bricolait déjà des voitures avec ses amis ne se voile pas la face: «Les accidents de la route sont une pandémie au même titre que le sida, la tuberculose ou la malaria. Mais nous disposons de 1000 fois moins de soutien financier que les moyens engagés pour lutter contre le sida.» Jean Todt, qui a découvert la «fascinante» machine onusienne avec sa fonction d’émissaire, se réjouit toutefois de la création, en avril prochain, d’un fonds onusien pour la sécurité routière qui sera alimenté par les membres de l’ONU et le secteur privé. Il le martèle: dans les pays en voie de développement, qui recensent 90% des accidents de la route dans le monde, la recette pour réduire de moitié le nombre de victimes de la route est connue: utilisation de la ceinture de sécurité à l’avant et à l’arrière, d’un casque homologué pour les motocyclistes, une vitesse adaptée, une conduite sans alcool et sans texto.

Les accidents de la route sont une pandémie au même titre que le sida, la tuberculose ou la malaria. Mais nous disposons de 1000 fois moins de soutien financier que les moyens engagés pour lutter contre le sida

S’il a déjà visité plus de 150 pays en tant que président de la FIA, il se rend dans une cinquantaine de pays chaque année en tant qu’envoyé spécial de l’ONU. Il était récemment au Kenya et en Ouganda, où il s’applique à mobiliser les gouvernements pour qu’ils limitent l’hécatombe. Sa notoriété au sein du sport automobile l’aide dans ses démarches. «Je voulais parler de sécurité routière avec le président de l’Ouganda Yoweri Museveni. Mais il me parlait du pilote de rallye Hannu Mikkola, dont j’ai été copilote…»

Blague à part, Jean Todt se félicite de l’initiative ougandaise SafeBoda, par laquelle les autorités ougandaises poussent ces «Uber locaux» de motos-taxis à former correctement les conducteurs, à bien entretenir le boda, à porter le casque. «Tout cela est très bien. Mais beaucoup continuent de transporter quatre à cinq personnes à la fois», soupire l’émissaire onusien dans son spacieux bureau de la FIA. Quand il est à Genève, il n’oublie jamais de rendre visite à son ami Michael Schumacher. L’ex-star allemande de la F1 est toujours soignée à grands coûts dans sa demeure de Gland. Pudique, Jean Todt vient de le voir. Il n’en dira pas plus. «C’est très personnel.»

Proche d’Aung San Suu Kyi

Au mur de son bureau, plusieurs photos, dont une de la dirigeante et ex-dissidente birmane Aung San Suu Kyi, aujourd’hui fortement critiquée pour son silence face aux Rohingyas. Jean Todt est lui-même président de la fondation Suu, établie aux Etats-Unis en son honneur. Son lien à la responsable birmane qu’il voit régulièrement tient beaucoup à son épouse, l’actrice et productrice d’origine malaisienne Michelle Yeoh, qui a incarné Aung San Suu Kyi dans le film The Lady de Luc Besson et qui fut, à une autre occasion, une James Bond girl.

Quand on lui demande s’il a déjà constaté des progrès, Jean Todt répond sans hésiter: «Il faut rester humble. Je parle toute la journée de sécurité routière et je trouve que mes interlocuteurs sont plus à l’écoute que par le passé.» A l’heure du Salon de l’auto de Genève, il se félicite de l’avènement des voitures connectées et autonomes. Mais il ne se fait pas pour autant d’illusions: «Dans les pays en voie de développement, la route est une souffrance. Ils n’en sont pas là.» Nombre de ces pays n’ont adhéré à aucune des conventions de la route dont la Commission économique pour l’Europe est dépositaire. Pour Jean Todt, il est urgent d’agir aussi en termes de trafic. Entre 1970 et 2015, le nombre de véhicules dans les pays développés a été multiplié par trois. «En 2030, deux tiers de la population vivront en milieu urbain. Cela a un impact évident sur la sécurité routière.»


Profil

1946 Naissance à Pierrefort, Cantal.

1981 Vice-champion du monde des pilotes de rallye avec Guy Fréquelin. Il fonde l’écurie Peugeot Sport.

1992 Vainqueur des 24 Heures du Mans.

1993 Responsable de l’écurie Ferrari à Maranello.

2005 Cofonde l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à Paris.

2008 Brève apparition dans Astérix aux Jeux olympiques aux côtés de Michael Schumacher.

2009 Président de la Fédération internationale automobile.

2015 Nommé envoyé spécial de l’ONU pour la sécurité routière.

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