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Jean Ziegler à propos de Kofi Annan: «Je ne l’ai jamais vu se décourager. Il était habité par l’espérance. Il avait la foi et se disait convaincu que chaque vie a un sens.»
© Fabrice COFFRINI / AFP

Témoignage

Jean Ziegler: «Kofi était habité par l’espérance»

Grand ami du Ghanéen depuis les années 1960, le sociologue Jean Ziegler gardera en mémoire sa foi, sa gaieté et son élégance

Des soirées estudiantines entre jeunes séducteurs aux longues discussions de vieux sages grisonnants sur l’état de la faim dans le monde, l’homme politique et écrivain genevois est resté très proche de Kofi Annan. Joint par téléphone dimanche, il revient sur les moments clés de leur relation, notamment sa nomination en tant que rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, et sur le rôle qu’a joué le charismatique ancien secrétaire général des Nations unies sur le rayonnement de la Genève internationale.

Lire également: Kofi Annan, la noblesse et l’impuissance

Le Temps: L’annonce du décès de Kofi Annan a-t-elle été une surprise?

Jean Ziegler: Oui. Nous nous sommes vus il y a peu de temps, il était joyeux et plein d’humour, un brin sur la réserve, comme toujours. Avec cette finesse d’esprit africaine exceptionnelle, un vrai Fanti. Je suis très triste de perdre cet être formidablement doué pour l’amitié, qui vouait aux siens une fidélité absolue.

Quelle est la première image que vous gardez de lui?

Je l’ai connu dans les années 1960 pendant nos études. Un temps joyeux et insoucieux. La première fois que je l’ai vu, c’était un samedi soir chez des amis communs. Musique à fond. Il dansait comme un dieu. Il était d’une élégance folle comparé à moi qui, en vrai Bernois, bougeais comme un plouc. Je l’ai jalousé ce soir-là. D’autant plus que nous éprouvions quelque sympathie pour la même femme. Depuis, nous sommes restés très proches.

De votre amitié est née en parallèle une relation de travail lorsqu’il vous nomme en 2000 rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation…

Il était comme ça Kofi: il chargeait ses amis de missions. Le scandale de la famine était l’un de ses plus grands combats. Il venait de lire mon livre La faim dans le monde expliquée à mon fils (éditions du Seuil) et m’a confié ce poste alors que je n’avais aucun gouvernement derrière moi, la Suisse n’étant pas encore aux Nations unies. C’était un acte de confiance personnelle. Il m’a soutenu, protégé même, avec une intelligence et une discrétion formidables.

Quelles sont les qualités qui lui donnaient tant de charisme?

Sa volonté d’acier et sa patience inépuisable. Je ne l’ai jamais vu se décourager. Il était habité par l’espérance. Il avait la foi et se disait convaincu que chaque vie a un sens. Il était persuadé qu’il ne pouvait y avoir ni civilisation ni paix sur terre sans le respect des droits de l’homme. En cela, l’ONU n’est pas une organisation de réparation des injustices, mais la préfiguration de ce que le monde doit devenir, avec la primauté du droit, la justice sociale, la disparition de la misère, la liberté et la dignité assurée pour chaque être humain. C’est l’œuvre de sa vie. La capacité prophétique de Kofi Annan aura montré la voie.

Il se disait très attaché à Genève…

C’était vraiment le cas. En 2006, au lieu d’accepter les privilèges proposés par les Etats-Unis à tous les anciens secrétaires généraux de l’ONU, il est venu illico retrouver la vue sur le Léman qu’il aimait tant. Je ne sais pas si le Conseil d’Etat genevois a conscience de la manière avec laquelle il a veillé à ce que Genève conserve son rayonnement de quartier général européen des Nations unies.

Lire aussi: Joseph Deiss: «Kofi Annan a été le plus suisse de tous les secrétaires généraux»

Il a retenu par exemple un grand nombre d’institutions, alors que la concurrence avec des villes comme Vienne ou Copenhague est terrible. Genève lui doit beaucoup. Quant à moi, je garde pour Kofi Annan une admiration et une gratitude infinie.

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