La Cour d'appel de Paris a ordonné mardi la remise en liberté de Jean-Christophe Mitterrand, incarcéré la veille de Noël dans une affaire de trafic d'armes avec l'Angola. Mais le fils de l'ancien président de la république française «reste en prison», selon son avocat Jean-Pierre Versini-Campinchi, faute de pouvoir verser la caution qui lui est demandée, soit 760 000 euros (1,14 million de francs).

L'avocat général avait demandé le maintien en détention de Jean-Christophe Mitterrand: il pouvait, selon lui, exercer, libre, des pressions nuisibles à l'instruction. Une approche que contestent évidemment ses avocats, qui estiment que le dossier de leur client est vide, et mettent en avant les effets de la révélation faite par le Journal du Dimanche: un des juges chargés de l'instruction, Philippe Courroye, aurait antidaté l'ordonnance relative à Mitterrand, ce qui pourrait annuler toute la procédure! Peut-on donc garder en cellule un homme dont les juges ont commis un faux sur l'instruction, se demande l'un de ses défenseurs. Réponse de la justice, sur le fond, le 12 janvier.

Agé de 54 ans, Jean-Christophe Mitterrand est écroué depuis le 21 décembre, notamment pour «complicité de trafic d'armes et trafic d'influence». Il fût conseiller à la présidence pour les affaires africaines de 1986 à 1992 sous la présidence de son père. La justice le soupçonne d'avoir reçu d'importantes sommes d'argent pour faciliter la conclusion – via la société de droit français Brenco International et sans autorisation des autorités françaises – en 1993 et 1994, de contrats de vente d'armes de l'ex-URSS, d'un montant global de plus de 500 millions de dollars, au régime du président angolais José Eduardo dos Santos.

Pour l'heure, les juges d'instruction ont délivré, mardi, une commission rogatoire auprès des autorités suisses pour le blocage de tous les comptes du prévenu dans les banques de notre pays. Ce qu'on sait des sommes touchées par Jean-Christophe Mitterrand – un fait qu'il ne nie pas – indique qu'elles ont été déposées auprès de la Banque Darier, de Genève. Des montants que l'ex-conseiller de son père a dissimulés au fisc. Mais dont il appartient à la justice de démontrer qu'elles relèvent bien du trafic d'armes.