Jean-Claude Juncker axe son mandat sur l’emploi

Union européenne Les députés ont approuvé la nouvelle Commission

La croissance et la lutte contre le chômage seront les priorités de son président

La nouvelle Commission européenne présidée par Jean-Claude Juncker a obtenu mercredi l’aval du Parlement européen par 423 voix (sur un total de 699 votes), 209 contre et 67 abstentions. Cet exercice met fin à cinq mois de procédures diverses, dont la nomination de commissaires et leur audition par les députés européens. Le nouvel exécutif, qui comprend quatre anciens premiers ministres, sept commissaires sortants et neuf femmes, prendra ses fonctions le 3 novembre.

Dans son discours liminaire devant les députés européens, l’ancien premier ministre luxembourgeois n’a pas ignoré certaines revendications des députés concernant les commissaires. Le portefeuille de la Citoyenneté a été retiré au commissaire Tibor Navracsics et affecté aux Affaires intérieures. Le Hongrois garde l’Education et la Culture. Attribués au départ au Marché intérieur, les règlements liés aux produits pharmaceutiques resteront finalement attachés à la Santé.

Le nouveau président a également répondu aux critiques contre l’éventuel accord transatlantique de libre-échange. «Je tiens à conclure les négociations, mais j’assurerai que les tribunaux nationaux puissent se prononcer en cas de litige, a-t-il dit. Je serai attentif lorsqu’il s’agira de faire respecter les règles européennes.» En juillet, Jean-Claude Juncker avait indiqué qu’un tel accord pouvait donner une impulsion aux exportations européennes aux Etats-Unis.

«Je ne serai ni le secrétaire général du Conseil européen ni le valet du Parlement, a poursuivi Jean-Claude Juncker. Les hauts fonctionnaires obéiront aux commissaires et pas le contraire.» Parlant de la nouvelle architecture du collège, notamment de la nomination de six vice-présidents, il a déclaré que les commissaires «ne travailleront plus chacun dans son trou et devront dépasser les mentalités de clocher». Et de poursuivre: «Je veux une Commission politique et efficace qui s’occupe des grands dossiers et laisse les plus petits aux Etats nationaux.» Voici ses priorités.

Relancer l’investissement

Jean-Claude Juncker a promis de présenter, «avant Noël», son plan d’investissement de 300 milliards d’euros, évoqué déjà en juillet. Son but: donner une impulsion à la croissance, à la création d’emplois et à la compétitivité. «Sans investissements, les économies ne se développent pas, a-t-il dit. En Europe, ils reculent de 20% par an par rapport aux années d’avant la crise, de 36% au Portugal et de 64% en Grèce.» En même temps, il a affirmé qu’il n’était pas question de financer les investissements avec de la dette. Plusieurs formations politiques ont insisté pour que les 300 milliards d’euros soient de l’argent frais. Le nouveau président a lancé un appel aux capitaux privés, qui «doivent assumer leur responsabilité vis-à-vis de la société».

Pacte de stabilité sacré

Il n’est pas question de modifier le Pacte de stabilité, qui fixe des limites en matière de déficit (3% du produit intérieur brut) et de l’endettement (60% du PIB). Mais la structure réglementaire sera accompagnée des flexibilités prévues dans les traités. Jean-Claude Juncker s’est engagé à mettre fin à la rivalité entre investissements et besoin de réformes. «Il faut les deux simultanément», a-t-il insisté.

Europe sociale

Il a aussi accordé de la place au social. «Il n’y a que deux pays, l’Allemagne et le Luxembourg, qui bénéficient à présent de la note AAA, a relevé le Luxembourgeois. Pour ma part, je vais travailler pour décrocher une AAA sociale pour l’ensemble de l’UE.»

Marier Energie et Climat

En confiant le portefeuille du Développement durable au premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, Jean-Claude Juncker a voulu montrer l’importance qu’il lui accorde. Cette question va de pair avec la nécessité d’assurer la sécurité énergétique. «Dans le monde soumis à une compétition grandissante, l’Europe ne pourra prospérer que si nous parvenons à faire une Union de l’énergie», a-t-il déclaré. Une question devenue encore plus pertinente à la lumière des menaces russes d’interrompre la fourniture de gaz suite au différend entre la Russie et l’Ukraine.

Politique étrangère active

«Nous vivons dans un monde où il y a de plus en plus de dangers et de menaces, a déclaré le président de la Commission. L’organisation Etat islamique est l’ennemi de nos valeurs européennes et nous devons l’arrêter une fois pour toutes.» Jean-Claude Juncker s’est également engagé à lutter contre la progression d’Ebola, regrettant que l’UE n’ait pas été à la hauteur jusqu’à présent. «Nous avons attendu que le virus menace notre continent avant de nous mobiliser», a-t-il dit.