Jean-Claude Juncker a lancé vendredi un cri d’alarme auprès des Vingt-Huit, les mettant en garde contre de nouvelles difficultés au sein de l’Union européenne (UE). «Nous quittons une année difficile à bien des égards et je ne fais aucune illusion pour 2016, a déclaré le président de la Commission en guise d’introduction lors de sa conférence de presse de rentrée pour la nouvelle année. De nouveaux problèmes vont s’ajouter au cortège des crises qui n’ont pas été résolues.» Il a tout de même tenu à rassurer, disant qu’il refusait l’idée très répandue selon laquelle le début de la fin de l’Europe a commencé.

C’est donc un chef de l’exécutif européen combatif qui s’est dit prêt à relever les défis. A commencer par la crise des réfugiés que l’UE n’arrive pas à maîtriser. «J’en ai assez qu’on accuse la Commission de ne pas avoir fait assez, a protesté le Luxembourgeois. Nous avons fait des propositions solides, mais le problème vient des Etats qui ne mettent pas en œuvre ce qu’ils ont eux-mêmes décidé au sein du Conseil européen». En effet, le programme de relocalisation de 160 000 réfugiés se trouvant en Italie et en Grèce, deux pays de premier accueil, a été un échec. Seulement 272 d’entre eux ont trouvé un pays d’accueil. Un plan de coopération avec la Turquie, pays de transit pour les réfugiés, est aussi contesté notamment par l’Italie.

Selon Jean-Claude Juncker, des Etats membres ne peuvent pas décider unilatéralement de fermer leurs portes. Déplorant le manque de solidarité européenne, le chef de l’exécutif a estimé indéfendable l’idée que le continent le plus riche de la planète ne puisse pas gérer le flux migratoire. «La Jordanie, un pays de loin pas aussi bien loti que l’Europe, accueille plus de réfugiés», a-t-il déploré. Force est de constater que le président de la Commission s’entête à poursuivre le programme de relocalisation alors même que plusieurs pays refusent d’y adhérer. La Slovaquie, soutenue par d’autres Etats, le conteste devant la Cour de justice de l’UE.

Jean-Claude Juncker a encore appelé à l’intelligence des Etats pour sauver l’espace Schengen qui est menacé par l’introduction de nouvelles mesures de contrôle aux frontières, comme en Hongrie, en Slovénie, en Autriche, et plus récemment au Danenark et en Suède. «La libre circulation des personnes est le corollaire de la construction de l’UE, a-t-il rappelé. Sans ce principe fondamental, il n’y a pas d’Union économique et monétaire.» Selon lui, les coûts pour introduire de nouvelles barrières et le manque à gagner une fois qu’elles seraient mises en place se chiffreraient en milliards d’euros chaque année et constitueraient clairement un frein à la croissance. «Qui tue Schengen finira par tuer le marché intérieur», a prévenu l’ancien premier ministre luxembourgeois.

Le Brexit, c’est-à-dire la sortie éventuelle du Royaume-Uni de l’UE, constitue une préoccupation majeure pour la Commission. «Chacune des exigences mises en avant par Londres est très très difficile à satisfaire, mais nous devons travailler dur pour parvenir à des solutions, a poursuivi Jean-Claude Juncker. La Commission n’a pas de plan B en cas d’échec des négociations.» Il s’est toutefois montré optimiste quant à la conclusion d’un accord avant la mi-février. Le gouvernement de David Cameron souhaite organiser un référendum national pour le maintien ou non du pays de l’UE avant la fin de l’année. Le sujet sera l’un des points forts du sommet européen qui aura lieu les 18-19 février 2016.

Tout n’est toutefois pas négatif. Le chef de l’exécutif européen a félicité les Vingt-Huit d’avoir su éviter en 2015 le Grexit – la sortie de la Grèce de la zone euro. De la même façon, il espère la réunification de Chypre au premier trimestre 2016. Sur la Pologne qui a engagé un bras de fer avec Bruxelles, Jean-Claude Juncker s’est dit confiant d’instaurer la confiance par le dialogue.

Sur le plan économique, le président de la Commission a regretté que la crise des réfugiés et le terrorisme qui ont frappé l’Europe en 2015 ont pris le dessus sur des préoccupations essentielles dont la lutte contre le chômage. Il a néanmoins souligné que le plan d’investissement de 315 milliards d’euros mis en place l’an dernier a bel et bien démarré et que 42 chantiers dans 22 Etats ont déjà été lancés.