Union européenne

Jean-Claude Juncker, un président affaibli et critiqué

Le chef de l’exécutif européen a tenté de renouer le dialogue avec Vladimir Poutine jeudi à Saint-Pétersbourg. Les pays de l’Est lui reprochent sa stratégie. Mais l’homme fait aussi l’objet d’autres critiques

Jean-Claude Juncker se veut l’homme de dialogue entre l’Union européenne (UE) et la Russie. C’est dans cet esprit que le président de la Commission a participé jeudi au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le pendant annuel russe de Davos. Il devait y rencontrer le président Vladimir Poutine. Une première depuis que les Vingt-Huit ont imposé en 2014 des sanctions contre Moscou en raison de l’annexion de la Crimée.

Malgré des appels pour les assouplir, elles seront vraisemblablement reconduites la semaine prochaine pour une nouvelle période de six mois. Tout en plaidant pour des relations solides avec la Russie, Jean-Claude Juncker a fait comprendre que la levée des sanctions était liée au respect de l’accord de Minsk qui prévoit le retrait des troupes russes de l’Ukraine.

L’escapade russe du chef de l’exécutif européen ne fait toutefois pas l’unanimité. Les Etats d’Europe de l’Est et les pays Baltes doutent de sa stratégie. «J’attends qu’il enjoigne la Russie à respecter ses engagements internationaux sur la sécurité européenne et les droits de l’homme», a déclaré la ministre estonienne des Affaires étrangères, Marina Kaljurand. Réponse du service de presse de la Commission: «Jean-Claude Juncker a dévoué sa carrière politique au dialogue. Quand les relations entre voisins deviennent tendues, il veut construire des ponts.»

Force est de constater que les critiques contre l’ancien premier ministre luxembourgeois ne s’arrêtent pas à la Russie. Dans un article à charge, le journal Politico de jeudi tire à boulets rouges pour le maigre bilan depuis qu’il dirige la Commission. «Le plan d’investissement, le projet d’accord transatlantique de libre-échange ou encore la lutte contre le chômage n’ont pas donné des résultats tangibles», relève Matthew Karnitschnig, le rédacteur en chef du quotidien qui est lu par des décideurs européens. Il souligne que la Commission a aussi échoué dans sa mission de rapprocher les citoyens. La réalité, selon lui, est que ces derniers ne font plus confiance aux institutions européennes. Résultat: l’euroscepticisme a le vent en poupe.

Le journal met le doigt sur l’échec de la stratégie de Jean-Claude Juncker par rapport à la crise des réfugiés. «Le plan de relocalisation n’a pas été suivi par les Etats, mais il a réussi à semer la discorde entre pays de l’Ouest et ceux de l’Est», constate le journal. Matthew Karitschnig rappelle que la Commission a été dépassée par cette crise et que c’est la chancelière allemande Angela Merkel qui a pris les devants et négocié un accord avec la Turquie en vue d’endiguer le flot migratoire.

Politico s’attaque à Jean-Claude Juncker même sur le plan de sa santé et relève qu’il n’est pas toujours présent à Berlaymont, le siège de la Commission à Bruxelles. Selon le journal, le vide est comblé par son tout-puissant chef de cabinet Martin Selmayr ainsi que par le vice-président de la Commission Frans Timmermans. Margeritis Schinas, le porte-parole de Jean-Claude Juncker, réfute l’accusation, affirmant qu’il est constamment présent sur tous les fronts et qu’il s’était absenté de Bruxelles en 2015 que pendant deux semaines.

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