Amérique latine

Jeanine Añez, visage de la droite en Bolivie

Depuis le départ d’Evo Morales, Jeanine Añez a repris la présidence par intérim. Cette catholique de droite n’a pas réussi à pacifier la situation. Au contraire

Lorsque Jeanine Añez s’est proclamée présidente par intérim de la Bolivie, il y a une semaine, elle a fait deux promesses: pacifier le pays et convoquer des élections le plus rapidement possible.

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A ce stade, aucune date pour des élections n'a été annoncée. Les violences dans le pays se poursuivent et totalisent 23 morts. Des partisans de l’ex-président Evo Morales bloquent les routes qui mènent à la capitale La Paz ainsi qu’une raffinerie, ce qui cause des pénuries d’essence et de nourriture dans la métropole, pour demander la démission de Jeanine Añez.

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Une accession au pouvoir contestée

Cette ancienne avocate de 52 ans est parvenue à la présidence dans des conditions inédites. A la suite de trois semaines de manifestations, Evo Morales démissionne, lâché par les syndicats, la police et l’armée, qui lui «suggèrent» de renoncer à son mandat. Exilé au Mexique, lui et ses partisans dénoncent un coup d’Etat et estiment que la présidence de Jeanine Añez est inconstitutionnelle.

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Pourquoi? A la suite de la démission du président Evo Morales, le pays s'est trouvé face à un vide du pouvoir. Selon la Constitution bolivienne, c’est au vice-président ou au président de la Chambre des députés que revient la présidence par intérim. Des postes occupés par des membres du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d’Evo Morales. Mais, dans la foulée, ils démissionnent tous, tout comme le vice-président de la Chambre des députés et le président du Sénat.

Jeanine Añez, alors vice-présidente du Sénat et membre de l'opposition, se considère comme étant en 5e position dans la chaîne de succession. Une interprétation qui doit être validée par le parlement. Or, le jour du vote, aucun membre du MAS n’est présent, le quorum n’est pas atteint et la séance est annulée. Jeanine Añez a le champ libre et se proclame présidente par intérim.

Pris de court, les membres du MAS tentent de revenir en arrière. Adriana Salvatierra, l'ex-présidente du Sénat, déclare qu’elle n’a pas démissionné, car la décision n’aurait pas été validée par les chambres. Trop tard, Jeanine Añez est en place. Mais ces manœuvres constitutionnelles fragilisent la légitimité de sa présidence.

Un conflit ethnique

Le conflit politique qui déchire la Bolivie est ancré dans des divisions ethniques. L’accession au pouvoir de Jeanine Añez, femme de droite catholique, représente un virage à 180 degrés avec son prédécesseur indigène de gauche. Alors qu'Evo Morales porte des tenues brodées de tissus autochtones, Jeanine Añez arbore une teinture blonde, signe d'occidentalisation.

Le gouvernement d'Evo Morales a œuvré pour inclure dans l’économie et la politique les indigènes qui représentent plus de 40% de la population. Jeanine Añez a tenu des propos discriminatoires envers les traditions indigènes qu’elle a qualifiées de «sataniques». Elle a traité Evo Morales d'«Indien», un terme dégradant en Bolivie. Evo Morales a retiré à l’Eglise catholique le statut de «religion officielle» de l’Etat bolivien. Jeanine Añez, elle, tenait une bible dans les mains lorsqu’elle s’est proclamée présidente.

Politiquement, elle se distancie fortement de son prédécesseur. Evo Morales était le dernier représentant de la «vague rose», un groupe de présidents de gauche, qui avait déferlé sur l’Amérique latine au début des années 2000. Il avait forgé des alliances solides avec Hugo Chavez au Venezuela et Lula au Brésil. Et l'une des premières décisions de Jeanine Añez a été de reconnaître la légitimité du gouvernement de Juan Guaido, président par intérim autoproclamé du Venezuela, opposant de Nicolas Maduro, rompant ainsi avec plus d’une décennie de politique étrangère.

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