«Le candidat issu de la primaire du PS ne servira à rien. Si Manuel Valls l’emporte, une grande partie des électeurs traditionnels du Parti socialiste voteront pour moi. Et si Arnaud Montebourg se qualifie, je ne négocierai rien».

Devant plusieurs médias européens dont «Le Temps», Jean-Luc Mélenchon a brossé sans concessions le tableau de la confrontation présidentielle à venir. Pas question, pour le candidat de la gauche radicale âgé de 65 ans, de s’écarter du chemin qui est le sien, conforté par les sondages qui lui accordent pour l’heure entre 12 et 14% au premier tour de la présidentielle française: «Il reste un socle de gens qui voteront à gauche quoi qu’il arrive et c’est ceux-là que je veux rassembler. Ceux qui croient, au sein du PS, que je viendrai me mettre la corde au cou une fois la primaire citoyenne achevée se trompent lourdement. Au contraire. La réalité est que la clarification politique va me profiter. Le quinquennat Hollande a tout fait exploser».

Expérience d’une campagne réussie

La question de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon est décisive dans les calculs électoraux socialistes. Le candidat de la «France Insoumise», lancé dans la course présidentielle depuis février 2016, a l’avantage d’avoir le soutien de l’électorat communiste, et d’avoir l’expérience d’une campagne réussie en 2012, avec 11% des voix au premier tour, même si les enquêtes d’opinion l’avaient longtemps crédité d’un score plus élevé.

L’intéressé, qui affirme avoir déjà recueilli les 500 signatures d’élus indispensables, renvoie d’ailleurs dans les cordes ses détracteurs qui l’accusent de risquer de faire perdre la gauche au premier tour le 23 avril 2017: «Ces calculs ne riment à rien car nous avions cinq candidats de gauche (Hollande, Mélenchon, l’écologiste Eva Joly et les candidats d’extrême gauche Philippe Poutou et Nathalie Arthaud) en 2012 et François Hollande l’a emporté. Cette fois, vu les difficultés de l’extrême gauche et des Verts – dont le candidat Yannick Jadot a été désigné en novembre 2016 – à obtenir les parrainages, nous serons peut-être même moins nombreux. Rien n’est donc fait. Ceux qui ont démoralisé la gauche durant ces cinq dernières années n’ont aucune leçon à me donner».

«Macron est un candidat de droite»

Sur la candidature d’Emmanuel Macron, qui tenait jeudi matin à Paris une conférence de presse pour présenter son programme – torpillant ainsi une fois de plus la primaire «citoyenne», le jour du dernier débat télévisé avant le premier tour – Jean-Luc Mélenchon est catégorique: «Macron est un candidat de droite qui fait mon affaire, car il favorise une dispersion des voix dans le camp conservateur et sur l’aile droite du PS».

L’ancien ministre de l’Economie (2014-2016) est, selon lui, un «candidat de plus à faire exploser le champ politique» en France. «La seule cohérence aurait été, pour François Hollande, de se représenter et d’assumer son bilan, poursuit le député européen. A partir du moment où le président sortant a renoncé, tous ceux qui cherchent à prendre leurs distances avec son quinquennat vont le payer cher car les électeurs les perçoivent comme des traîtres».

Pour le PS, «le mieux serait de renoncer»

Pour Jean-Luc Mélenchon, l’implosion annoncée du Parti socialiste français est donc en route. «Je ne vois pas le candidat issu de la primaire faire plus de 10% des voix. C’est le grand maximum. Comment voulez-vous qu’un candidat sans programme, issu d’une famille politique désormais aussi divisée, puisse arriver en tête. S’ils veulent servir la gauche, le mieux serait de renoncer à leur candidature présidentielle. Ce que je n’exclus pas et je suis prêt à en discuter».

Pas question, dès lors, pour l’ancien ministre du gouvernement Jospin qui a rompu avec le Parti socialiste en 2008, de soutenir les thèses défendues par Arnaud Montebourg, le plus proche de ses options «révolutionnaires» favorables au protectionnisme économique et au bras de fer immédiat avec l’Allemagne: «L’UE va bouger dans tous les sens d’ici la présidentielle et les électeurs sauront reconnaître ceux qui, comme moi, ont toujours défendu une ligne d’affrontement au lieu de tenter des accommodements qui n’ont jamais rien donné, en acceptant un poste de ministre dans un gouvernement qui, après juin 2012, a trahi tous les engagements pris devant le peuple de gauche».


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