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Jean-Luc Mélenchon en meeting à Lille, le 12 avril.
© Sylvain Lefevre / Getty Images

France

Jean-Luc Mélenchon dicte le sprint présidentiel français

Le candidat de la gauche radicale est désormais au coude-à-coude avec François Fillon dans les sondages. Cette ultime semaine, promet-il, le propulsera au second tour

C’est une entrée par effraction dans le trio de tête de la présidentielle française. Jamais, jusqu’à ces derniers jours, Jean-Luc Mélenchon n’avait réussi à devancer François Fillon dans les sondages. Mission accomplie pour la première fois dimanche 9 avril, avec 18% des intentions de vote contre 17% au candidat de la droite. Puis bis repetita hier vendredi avec 20% des voix contre 19% pour l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy.

Notre dossier sur la présidentielle: La France en campagne

Qu’en déduire? Effet de mode médiatique ou dynamique électorale capable de porter Mélenchon au second tour lors du sprint final, ces prochains jours? «Le problème est qu’aujourd’hui le buzz influe beaucoup plus qu’auparavant sur les urnes, nous expliquait, après le débat télévisé du 4 avril, le politologue Jean Garrigues. S’il parvient à garder les projecteurs sur lui, il peut créer la surprise, notamment en raison de son succès auprès de deux publics: les jeunes, conquis par son côté vétéran contestataire, et les déçus du Parti socialiste.»

Sa démarche est radicale, mais pacifiste. Et il a intégré de nouvelles recettes

Ce «cambriolage», Mélenchon l’assume pleinement depuis que ses prestations télévisées l’ont remis en selle. Fin janvier, à l’issue de la primaire du PS remportée par Benoît Hamon contre Manuel Valls, le candidat de la «France insoumise» accusait le coup. L’hypothèse improbable de son renoncement était même évoquée au QG parisien du parti. La capacité de Benoît Hamon à polariser le débat autour de trois idées principales (le revenu universel d’existence, la transition écologique et la nécessaire adaptation de nos sociétés à la fin du travail) avait soudain renvoyé Mélenchon à ses vociférations révolutionnaires contre l’Europe dominée par l’Allemagne.

Lire aussi: Jean-Luc Mélenchon vu par des jeunes Suisses: «C’est surtout le showman qui me fascine»

Que s’est-il passé? Le retour en force du «dégagisme» qu’il théorise depuis la présidentielle de 2012 (11,1% au final, après des sondages lui accordant jusqu’à 16%): «Mélenchon récolte les fruits de son isolement, juge un des cadres de sa campagne. Il n’a pas changé d’avis. Il s’est toujours opposé à la politique économique de François Hollande. Sa démarche est radicale, mais pacifiste. Et il a intégré de nouvelles recettes.»
Hologramme

L’hologramme, un coup médiatique

Côté recette, un mot revient ces jours-ci dans l’entourage du candidat, que les adhérents du Parti communiste français ont, en novembre 2016, décidé de soutenir contre l’avis de leurs cadres: hologramme. Mardi, alors qu’il sera physiquement présent sur scène à Dijon, Jean-Luc Mélenchon tiendra aussi meeting dans six autres villes (Nantes, Clermont-Ferrand, Montpellier, Grenoble, Nancy et Le Port à La Réunion) grâce à son double numérique.

Lire également: «Jean-Luc Mélenchon n’effraie pas les marchés financiers»

Un coup avant tout médiatique, au service de deux objectifs: monopoliser l’attention sur Internet (où les contenus ne sont pas comptabilisés comme temps de parole audiovisuel), et doper le moral de ses troupes militantes. «L’hologramme, c’est l’audace. C’est une excellente entrée en matière sur les marchés et dans les cages d’escalier», poursuit-on au QG du candidat, où la lettre grecque phi – pour France insoumise – est placardée partout.

Le vote utile

La réalité électorale n’en est pas moins têtue. Il y a cinq ans, à la mi-avril 2012, celui dont le slogan était alors «Prenez le pouvoir!» croyait son heure arrivée car plusieurs sondages l’avaient placé devant Marine Le Pen, derrière Nicolas Sarkozy et François Hollande. Patatras: une partie de son électorat avait fondu au premier tour alors que la présidente du Front national avait atteint le score record de 18%.

Alors? La différence est qu’il est, cette fois, devenu le vote utile… à gauche. Personne ne croit plus Benoît Hamon capable de diriger le PS après la présidentielle. Et la dissidence pro-Macron de l’ancien premier ministre Manuel Valls a redistribué les cartes hors de ce parti, désormais perçu par la base comme une caste d’élus et d’apparatchiks avant tout préoccupée de sa propre survie.

Son programme économique, souvent très proche de celui du FN par son aspect protectionniste, reste un énorme obstacle

Le grand problème pour le «cambrioleur» Mélenchon demeure toutefois qu’il lui manque les clés du coffre de cette présidentielle, à savoir la capacité de rassemblement au-delà de la gauche. Il effraie les centristes. Et la presse de droite le met en avant pour mieux le présenter comme un «bolchevique» – le Figaro l’a présenté comme Vladimir Ilitch Mélenchon – et affoler ainsi l’électorat conservateur.

«Son programme économique, souvent très proche de celui du FN par son aspect protectionniste, reste un énorme obstacle», juge Bruno Cautrès, chercheur à Sciences Po. Sauf si les électeurs issus des couches populaires, convaincus que Marine Le Pen ne pourra jamais s’installer à l’Elysée, décidaient de regarder, eux aussi, du côté de la «France insoumise», dont la tolérance en matière d’immigration est néanmoins aux antipodes de la xénophobie frontiste.


Marine Le Pen, l’immunité contestée

Les juges français n’entendent pas laisser Marine Le Pen choisir de répondre ou non à leur convocation en se retranchant derrière son statut d’eurodéputée. Selon la presse, les magistrats chargés d’enquêter sur l’emploi, par le FN, de faux assistants parlementaires européens ont demandé fin mars à l’assemblée de Strasbourg de lever son immunité. Une demande assurée de prendre du temps car elle doit être votée en séance plénière. Ce qui ne pourra pas intervenir avant le second tour de la présidentielle, le 7 mai prochain.

Notre commentaire: Rattrapée par les fantômes du FN, Marine Le Pen peut encore vaciller

Marine Le Pen, qui a qualifié cette requête judiciaire de «procédure normale», a dit qu’elle se rendrait devant les juges après la fin de la campagne. On se souvient que le 4 avril, lors du débat télévisé entre les onze candidats à la présidentielle française, Philippe Poutou avait lancé à François Fillon (auditionné par les juges le 14 mars, mais protégé par son immunité de député de Paris) et à la présidente du Front national une salve fatale: «Nous, quand on est convoqué par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière.»

Une chronique: La présidentielle, les «sans-culottes» et la morale

(R. W.)


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