Six clones pour se faire entendre dans la dernière ligne droite. Jean-Luc Mélenchon a de nouveau joué mardi 18 avril la carte de l’hologramme pour son dernier grand rendez-vous avant le premier tour de la présidentielle. Présent en chair et en os au Parc des expositions de Dijon, le candidat était également visible dans six autres villes françaises.

«Au feu tricolore, tourner deux fois à gauche», signale une affiche. L’indication mène à l’entrée de la salle dijonnaise où ses supporters sont déjà amassés. «Jean-Luc Mélenchon a récupéré tous les déçus du socialisme. Il incarne la vraie gauche», affirme Romain Jattiot, un étudiant qui navigue entre Dijon et Zurich pour réaliser une thèse sur les ammonites. Un mollusque à la coquille en forme de cornes de bélier.

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Les coups d’éclat du leader de la France insoumise avaient marqué les esprits lors de la présidentielle de 2012. «A ce moment-là, voter pour Mélenchon ne correspondait pas à une pensée normale», estime le jeune homme de 24 ans. Cette stratégie avait d’ailleurs rebuté un grand nombre d’électeurs. «Il était insupportable, je ne l’aimais pas du tout. Aujourd’hui, il est apaisé et développe une approche pédagogique», indique Arthur Marceaux, 24 ans, dans la file d’attente.

Une «nouvelle» gauche

Dans cette campagne, Jean-Luc Mélenchon se veut rassembleur. Crédité de 19% des intentions de vote au premier tour, il se place juste derrière le candidat conservateur François Fillon (19,5%) et loin devant Benoît Hamon (7,5%). Le candidat du Parti socialiste jouera son va-tout ce mercredi place de la République à Paris. Un rassemblement risqué, Jean-Luc Mélenchon avait réuni plus de 100 000 personnes sur cette même place en mars dernier.

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Alors le leader de la France insoumise peut-il incarner cette «nouvelle» gauche? Il l’espère. La France pourrait selon lui vivre un changement profond, à la manière de l’Espagne avec le parti Podemos, l’Italie avec le Mouvement 5 étoiles ou encore la Grèce avec Syriza.

Jean-Luc Mélenchon revendique également une part de l’héritage du Parti socialiste. François Mitterrand fait partie de son panthéon. Comme le président élu en 1981, il avance un programme de «rupture». Avec des nuances toutefois importantes: l’accroissement de la fiscalité sans commune mesure avec celui de 1981 et un projet européen vivement critiqué.

Changement de ton

Ses sympathisants en sont convaincus: il est la seule alternative crédible. «Les gens en ont marre. Le quinquennat de François Hollande a déçu beaucoup d’électeurs», juge Emmanuel Garchey, 22 ans. Une déception qui pousse l’électorat de gauche à la méfiance. Malgré son étiquette de «frondeur» pendant le quinquennat, Benoît Hamon ne fédère pas les déçus du hollandisme. «Il reste socialiste, ça gêne les gens», souffle un jeune mélenchoniste.


Vidéo. «La France de Jean-Luc Mélenchon sera plus démocratique, plus indépendante, plus écologique». Rencontre avec Nicolas, 19 ans, étudiant en physique, militant de la «France insoumise».


Jean-Luc Mélenchon voit dans son succès la confirmation du «dégagisme» en vigueur dans l’électorat français. «Depuis 2008 et son départ du Parti socialiste, le projet de Mélenchon a toujours été de représenter à lui seul la gauche, indique Alain Bergounioux, historien spécialiste du PS. Son pari populaire passe par la destruction du PS.»

Après la colère et la hargne, le prétendant à l’Elysée mise sur l’apaisement. «Jean-Luc Mélenchon veut incarner la France apaisée, le slogan choisi par Marine Le Pen», sourit un militant. Après une traversée de l’Ile-de-France en péniche cette semaine, Jean-Luc Mélenchon invite ses supporters à organiser des apéros dans toute la France vendredi, au nom de la convivialité. «Son changement de ton est une bonne chose. Il va gagner quelques voix», estime Carlos Goncalves, venu du Haut Jura pour assister au meeting. Quelques voix qui pourraient le porter, cette fois, au second tour de la présidentielle.